lundi 23 mars 2015

Françoise



Texte dit pour ma grand-mère. La dernière.

Françoise est ma grand-mère.

Je parle encore aujourd’hui. Ces moments m’engagent et je tiens à m’y engager, à les vivre pleinement. De la naissance à la mort, je résiste à cette tendance : laisser aux médecins ou aux curés l’exclusivité de dire ce qu’il m’arrive et comment cela doit m’arriver.

Françoise est ma grand-mère. Je l’aime. Aimer quelqu’un, c’est lui dire « tu ne mourras pas ».

Alors non, Françoise, tu ne mourras pas.
Parce que nous sommes là pour porter ta fin de vie… avec notre amour.
Tous ensembles, en assemblée.
Ou peut être nous sommes là pour porter notre amour… grâce à ta fin de vie.
Chacun dans son intimité.

Des jeux de mots ?
Non. Désolé, ces mots ont du sens. Quand on veut bien les débarrasser de leurs étiquettes.
Et je le prouve.
Pour ça, je vais avoir le culot de prendre la voix de ma grand-mère, mais je crois plutôt que je vais porter sa voix.
Sa voix vers sa fille. Qui est ma mère. Un double hommage.
Le cycle des générations. Les liens indéfectibles entre les vivants et les morts.

Françoise dit : « Merci Marie-France. Merci de ce que tu m’as offert pour mes derniers jours.
Ma conscience ne pouvait plus te reconnaître avec les mots de la conscience. Mon corps ne pouvait plus interagir de la façon habituelle avec toi.
Mais j’étais là. Puisque je n’étais pas morte.
J’étais l’humanité à une autre phase, sous une autre forme. Une forme inhabituelle, minoritaire, difficilement compréhensible. Un peu comme ceux qu’on appelle « fous », « trisomiques », « autistes », etc
J’étais différente de ce que tu connais des humains, habituellement.
J’étais différente de ce que tu connais de moi, habituellement.
Malgré ça, tu m’as offert de la tendresse, des câlins.
Tu as prié pour et avec moi.
Tu m’as dit que tu m’aimais.
Tu as eu l’intuition que je pouvais être plus que ma conscience et mon corps.
Tu as eu l’intuition que tu étais plus que « athée » et « rationnelle ».
Tu as osé ressentir ce que tu faisais.
Tu as osé faire ce que tu ressentais.
Tu as fait tout ça Marie-France : des gestes d’amour, une prière, des mots d’amour.
Merci, merci et merci.
Tu as fait tout ça, pour moi, pour toi, pour l’amour entre nous.
Cet amour qui est en toi, c’est la vie. Grâce à lui, je ne mourrai pas. »

Françoise aurait pu dire ça. Françoise a dit ça.
Ou alors c’est moi qui l’ai dit. Ou alors on l’a dit tous les deux (merci pour le coup de main mamie).

Moi aussi j’ai cet amour en moi. Pour Françoise. Qui est morte mais qui ne mourra pas.
Et aujourd’hui, j’ai besoin de partager cet amour.
Est-ce que vous voulez bien prendre le temps de ce partage ? Prendre le temps de ressentir cet amour en vous ?
Quelques instants.
Merci de tout cœur.


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