jeudi 31 mai 2018

Mon amour est un dévouement à la réalité

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Mon amour est un dévouement à la réalité
quoi qu’il en coûte

- Manifeste amoureux -

Je souhaite vivre des relations saines, avec moi-même et avec les
autres, et j’ai l’impression que la seule manière de le faire repose sur
une dédication à l’authenticité. Alors voici, en toute fidélité à moi même,
un état des lieux des plus sincères sur ma manière actuelle,
non définitive et non exhaustive de concevoir l’engagement et
l’amour dans la relation amoureuse. Cette réflexion basée sur une
expérience personnelle, subjective et contextuelle de l’amour, n’a
d’autre dessein que de se poser en élément contributif aux recherches
du laboratoire géant qu’est la vie.


La notion d’engagement dans une relation se rapporte pour moi
à laisser s’exprimer et se vivre l’élan qui souhaite la connexion à
l’autre, qui souhaite l’intimité et le partage à partir d’une réelle envie.
Une envie parce que c’est en-vie en moi, c’est vivant. S’engager
revient donc pour moi à clarifier mes intentions de vivre un lien
particulier et intime avec quelqu’un, et à donner, offrir, du temps et de
l’énergie sans que cela me coûte.
C’est une forme d’engagement diamétralement opposée à l’idée
d’un investissement ou d’un compromis, car c’est sans attente (de
« retour sur investissement »), sans exigence, sans stratégie
marchande, sans troc ou échange de valeur du type « je te donne ceci,
alors tu me donnes cela ». C’est gratuit, dans le sens où cela ne me
coûte rien, bien au contraire cela m’offre à moi même, me nourrit et
me grandit.

C’est un engagement où je ne m’engage à rien d’autre qu’à dire
la vérité de ce que je ressens, de ce que je vis, d’où j’en suis et de ce
que j’ai besoin, avec la plus grande honnêteté possible, quoi qu’il en
coûte, instant après instants. C’est un engagement où la petite
hypocrisie et le mensonge par omission n’ont pas leur place, où le
silence et les lâchetés qui permettraient de « protéger » l’autre ou la
relation sont proscrites. On ne « protège » pas l’autre en lui cachant la
réalité : on le manipule, et quand on manipule, c’est qu’on cherche à
obtenir quelque chose de l’autre à son insu, comme du confort, ou de
la sécurité par exemple. Je ne souhaite manipuler personne ni être
manipulé par personne, consciemment ou inconsciemment, par
stratégie consciente ou inconsciente de garder l’autre à mon service,
au service du nourrissement de mes besoins. A un tel stade d’opacité
dans la relation, il ne s’agit plus d’amour, ni même de relation, mais
d’asservissement, de domination ou de soumission.

Il est évident que je ne suis pas un exemple de perfection en matière d’authenticité, mais
le chemin m’important plus que la destination, il s’agit pour moi de
faire de mon mieux, en fonction de mes moyens du moment, et
d’accepter régulièrement la réalité des mes propres limites.


L’amour c’est quand je veux pour toi, ce que tu veux pour toi,
même lorsque ce que tu veux pour toi, c’est ne pas être avec moi.
Quand je veux pour toi ce que je veux pour toi, alors je ne t’aime pas
vraiment : je m’aime à travers toi. Quand je veux pour toi ce que tu
veux pour toi, alors là oui, je t’aime vraiment. N.D. Walsch

Quand je m’engage, c’est parce que j’en ai envie, et pas parce
qu’on me le demande, souvent je suis engagée sans qu’on me l’ait
demandé ! Cela vaut également en amitié où je constate que je me sens
engagée dans des relations. Au final, ma notion de l’engagement
amoureux (ou autre) n’a rien avoir avec celle de promesse.

C’est un engagement constaté, comme je m’engage sur une voie,
un chemin, une route, parce que le mouvement de la vie m’y mène,
parce que j’en ai envie, c’est un engagement qui n’a rien à voir avec la
projection dans le temps. Bien sûr, j’ai des projections mentales, des
pensées qui me traversent en me proposant des scénarios rassurants,
sécurisants. Je les accueille, je sais qu’elles viennent m’indiquer
quelques peurs profondes liées à des blessures de rejet ou d’abandon
et pour lesquelles elles imaginent des stratégies d’attachement
sensées me protéger de la douleur qui pourrait advenir. D’autres fois,
mes pensées se composent de fantasmes d’avenirs idylliques, radieux,
d’aventures palpitantes avec une personne : je les accueille aussi ; je
sais qu’elles viennent m’indiquer combien il est important pour moi
que la vie ait du goût. Mais en aucun cas je ne crois ce qu’elles me
racontent, en aucun cas je ne décide d’appliquer ce que mes pensées
viendraient me dicter comme marche à suivre, ni je ne crois que les
choses devraient être comme elles me le montrent, et que les
personnes dans mes projections sont les « bonnes » personnes pour
vivre ces projets, ou pire, les « seules » .

Il s’agit de lâcher les récits romantiques du/de la partenaire
« magiquement prédestiné.e », il s’agit de lâcher les contes de fées
auxquels une part de moi – celle qui cherche la magie dans la vie – a
envie de croire. C’est ici ma plus grande difficulté, celle de ne pas
confondre « besoin » (amour) et « stratégie » (relation avec un.e
tel.le). De ne pas confondre mes envies d’aventures, de réconfort, de
tendresse, de joie, de passion, de magie etc. avec la relation ou la
personne avec qui je les vis. Cela reviendrait à voir mourir des aspects de moi si les personnes avec qui je les partage meurent ! Ce qui est absolument faux.


Lâcher une stratégie sans abandonner le besoin qu’elle
nourrissait est la clé qui mène à l’abondance, M. Rosenberg.


C’est comme faire un deuil, si je lâche une relation sans abandonner les
besoins qu’elle nourrissait, je m’assouplis et apprends à devenir
créative dans la manière de trouver de nouvelles stratégies pour
nourrir mes besoins, que ce soit via des relations ou non.
Être consciente de cela me permet d’entretenir des relations de
meilleure qualité. Cette « plasticité » est pour moi la subtilité la plus
difficile à gérer au quotidien mais aussi la plus belle et la plus riche,
car elle me permet une véritable et profonde liberté, vivante et
vibrante. Une réelle souveraineté dans la manière de prendre soin de
moi et de mon bonheur. Elle est d’ailleurs de loin ce que je souhaite le
plus profondément à chacun.

Pour moi l’Amour est une émotion, un sentiment, une onde pure
et inconditionnelle qui souhaite le meilleur à l’autre. L’amour est
absolu et universel, il se décline pour tous les humains. Tandis que la
Relation est la résultante d’une préférence pour un être, déclenchée
par l’attirance relative et individuelle envers un être. Cette résultante
mutuellement choisie donne lieu à une négociation, un contrat, un
cadre – qui existent toujours même s’ils demeurent parfois tacites – et
qui eux sont conditionnels, c’est-à-dire qu’ils définissent les
conditions selon lesquelles s’établit la relation.
Dans certains cas, que ce cadre reste implicite n’est pas un
problème, mais dans la relation amoureuse, il est pour moi important
qu’il soit rendu explicite, afin qu’il n’y ait pas de manipulation, de jeu
malsain et de trafics souterrains inconscients entre les partenaires, et
que les conditions soient claires.


J’ai besoin de pouvoir conscientiser et décider à deux de la
manière et des paramètres selon lesquels il va être possible et joyeux
pour chacun de vivre cet amour. D’après mon expérience et en ce qui
me concerne, la seule condition qui soit vraiment nécessaire à mon
bonheur dans une relation est celle de l’authenticité : soit de la
transparence et de l’honnêteté.

Les idées d’appartenance, d’exclusivité, de possession, de
fidélité, qui sont souvent induites tacitement au sein de la majorité des
couples que je côtoie, me paraissent risquées. Pour ma part,
lorsqu’elles sont acceptées comme des règles, elles peuvent devenir
dangereuses pour la relation car elles m’éloignent moi et mon.ma
partenaire de la réalité effective de ce que nous vivons. Ces idées
d’appartenance et de fidélité posent des interdits et des restrictions
qui mettent en danger le lien d’authenticité. Pire, chez moi, elles
risquent à long terme d’attiser de la rancoeur envers l’autre, car je suis tentée
de nier ou de réprimer mes émotions.

Si je ne me considère pas responsable des émotions et sentiments
qui me traversent (le fameux coeur à ses raisons que la raison ignore !
B. Pascal), je suis par contre responsable de ce que j’en fais et de la
réaction que j’ai par rapport à eux. Je crois personnellement que les
émotions et sentiments d’attraction et d’amour que j’éprouve sont la
conséquence de la satisfaction de certains besoins au contact d’une
personne ou d’une situation, et que je suis responsable de ce que je
décide de faire avec cette personne, et de mon engagement envers elle.
Or, même si je suis consciente des répercussions émotionnelles
(agréable ou désagréable) que cet engagement peut avoir sur les autres
relations de ma vie, je ne suis pas responsable de ces répercussions. Je
ne suis pas responsable d’en éviter l’apparition tout comme d’en gérer
l’apaisement. Je veux pouvoir contribuer à la sérénité de l’autre parce
que j’en ai l’envie et non pas parce que j’y suis tenue.

Dans ma vision de la relation amoureuse, il n’y a pas de lien de
subordination ou chacun doit rendre des comptes à l’autre. Cela ne
signifie pas que je cache, que je mente ou que je manipule, puisque
j’aime pratiquer la transparence. Il ne s’agit pas là d’amour libre, de
polyamour, de pluriamour, de libertinage ou autres concepts
intellectuels que j’ai tendance à rejeter à propos de l’amour. Car à mon
sens l’amour n’est pas un concept mais une évidence, et la relation est
son lieu d’expérience. Il s’agit plutôt de conserver une attitude
ouverte et tendre avec ce qui me traverse. Il s’agit d’éviter tout
conditionnement quel qu’il soit, que ce soit à vouloir être absolument
exclusif ou absolument libre, en restant attentif et présent à ce qui est
vivant en moi, à ce qui existe dans ma réalité.

Finalement, en étant entendue et admise comme une règle
d’exclusivité sentimentale ou charnelle, la fidélité à l’autre peut
devenir à mes yeux de l’infidélité à moi-même, car je brime mes
émotions et sentiments pour respecter le confort et la sécurité de
l’autre. Dès lors, je me plie à ses peurs. Et en cela, il ne s’agit de
nouveau plus d’amour, mais de marchandage. Cela ne signifie pas que
je ne souhaite pas prendre soin de l’autre lorsqu’il a peur. Au
contraire, je veux contribuer à son bonheur par du réconfort, de
l’amour, du partage, de la tendresse, mais je n’accepte pas d’être
envisagée comme la stratégie unique de l’autre envers qui ce dernier
serait en posture d’exigence. Il me semble que la posture d’exigence
apparaît quand il y a dépendance affective de l’un envers l’autre. Or,
encore une fois, la dépendance affective, pas plus que l’attachement,
ne sont de l’amour, ni même des preuves d’amour.

Bien évidemment, je vis souvent des situations qui me renvoient
à la figure ma propre dépendance affective : lorsque j’éprouve de la
jalousie, de la colère ou de la peur, qui sont encore une fois les
indicateurs de mes blessures de rejet et d’abandon, de solitude,
d’isolement, de séparation. Or, si j’en accueille l’intensité
émotionnelle, je me laisse le moins possible croire aux pensées et
projections que ces émotions suscitent en moi. L’autre n’est jamais
responsable de telles émotions qui me traversent, tout comme il n’est
pas responsable de guérir mes blessures ou de nourrir mes besoins.


Ainsi je veille à décliner tout contrat amoureux par lequel je sois
tenue implicitement ou explicitement pour responsable du bonheur de
l’autre. Je refuse d’être en charge du nourrissement des besoins de
quiconque. Tout comme je n’impose à personne la « mission » de me
rendre heureuse.

C’est comme une pièce à deux faces : si j’accepte de considérer
l’une comme vraie, cela fait qu’automatiquement j’accepte l’autre
dans le même temps. Si je me tenais pour responsable du bonheur de
l’autre, je me tiendrais pour responsable de son malheur également. Et
si je considérais que l’autre est responsable de ma joie lorsqu’il
contribue à nourrir mes besoins, je le considèrerais également
responsable de ma tristesse ou de ma peur lorsque mes besoins ne sont
pas satisfaits. Or, je ne suis pas d’accord pour valider ces
considérations liberticides et asservissantes !
Refuser ce pouvoir sur l’autre qui me serait ainsi conféré est un
acte d’amour envers l’autre, tout comme réfuter la toute-puissance
de l’autre sur moi est un acte d’amour envers moi-même.


J’ai la sensation que l’amour est dans mon expérience comme
une manière de vivre l’unité, de retrouver ma nature unifiée avec le
tout qui passe par un état de fusion, qu’elle soit physique,
émotionnelle, ou énergétique.
Ainsi, les conditions relationnelles d’appartenance ou
d’exclusivité me semblent non seulement dangereuses sur un plan
relatif mais carrément inutiles sur un plan absolu. Car de façon
systématique dans ma vie, la fusion avec un autre être produit un
sentiment d’appartenance dans le sens ou j’appartiens à son amour –
soit à l’Amour que la vie se porte à elle-même à travers les multiples
visages d’elle-même.

La relation d’amour a pour moi cela de sacré en ce qu’elle invite
un espace de création ou l’amour se crée et se goûte à travers des
versions provisoirement séparées de lui-même. Comme si l’amour que
nous sommes originellement était venu faire l’expérience de lui-même
à travers différentes incarnations qui se retrouvent, se
rencontrent et se reconnaissent entre elles.

La relation devient alors un espace où il s’agirait de goûter dans
le regard de l’autre l’unité que nous formons à deux, ou il s’agirait de
goûter la préférence que la manifestation de cette unité dans une part
distincte a envers une autre part d’elle-même qui s’exprime et se vit
sous une autre forme.

2017

Dans la lîla des mondes infinis, je tisse des liens entre les fils de
moi-même pour la seule joie de me reconnaître dans le regard de ceux
qui s’aiment. Y. Amar


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