dimanche 19 septembre 2021

Je me méfie des hommes « féministes »… et vous devriez le faire aussi

Source : https://entreleslignesentrelesmots.blog/2016/11/28/je-me-mefie-des-hommes-feministes-et-vous-devriez-le-faire-aussi/

 



Je me méfie des hommes « féministes »… et vous devriez le faire aussi

Si vous êtes un mec qui lisez ceci et que vous vous considérez comme un féministe, alors j’ai simplement quelques questions pour vous :

Êtes-vous plus susceptible d’arrêter de soutenir l’industrie du porno parce qu’elle exploite et brutalise violemment des femmes – ou parce que vous avez regardé trop de porno et que maintenant votre bite ne fonctionne plus très bien ?

Si chaque femme féministe dans le monde se réveillait un jour et décidait que les hommes ne sont pas autorisés à se dire féministes, respecteriez-vous cette limite en comprenant que vous n’avez pas droit à tout ce que vous voulez – ou vous battriez-vous pour votre droit à vous approprier un mot destiné aux femmes, et aux femmes seules ?

Avez-vous commencé à vous qualifier de féministe parce que vous avez un désir réel d’abandonner les façons dont vous bénéficiez du patriarcat – ou parce que vous pensiez que des femmes vous trouveraient plus intéressant si vous vous appropriiez leur identité ?

Et aviez-vous le moindre intérêt pour les enjeux des femmes (avortement, écart salarial, harcèlement de rue, objectivation sexuelle dans les médias) avant de prendre conscience du féminisme – ou avez-vous attendu jusqu’à ce qu’on vous dise que les hommes aussi souffrent du patriarcat avant de vous inquiéter de ce qu’il inflige aux femmes ?

Si cela n’est pas déjà tout à fait évident, chers Hommes Féministes, je me méfie de vous. (Ouais, je sais, « Mais pas de moi ! », « Pas de tous les hommes ! », Ugh, quoi que ce soit, taisez-vous.)

Je me méfie de vous, parce que j’ai remarqué une chose :

Au moment de discussions sur le racisme, je n’ai jamais entendu d’alliés blancs dire : « Je suis soucieux de cette question parce que la suprématie blanche nuit aussi aux Blancs ! »

Et lors de discussions sur la pauvreté, je n’ai pas entendu de militants riches dire des choses comme, « Je me soucie de cette question parce que les riches souffrent aussi de l’oppression de classe ! »

Alors pourquoi, grands dieux, pourquoi est-ce que je continue à entendre des hommes féministes dire, « Je me soucie de cette question parce que la suprématie masculine nuit aussi aux hommes ! »

Maintenant écoutez-moi. Je ne suis pas ici pour vous dire que ce n’est pas vrai. Que les hommes soient ou non également victimisés par le patriarcat n’est pas la question. Ce que je suis venue vous dire, c’est que si votre version du « féminisme » met au premier plan les besoins des hommes, eh ! bien mes chéris, ce n’est pas du féminisme.

Chaque fois que j’entends la phrase « Les hommes souffrent aussi ! N’oubliez pas les hommes ! », cela ressemble beaucoup trop à « Les femmes veulent que nous cessions d’exploiter nos privilèges afin qu’elles puissent vivre en paix et sans peur. D’accord, cool, cool. Mais qu’est-ce que moi, j’ai à y gagner ? »

Être un véritable allié des féministes, être pro-féministe, signifie comprendre certaines choses :

    Il est patriarcal de ne valider la douleur des femmes que lorsque elle est tangentielle à une douleur masculine.

    Il est patriarcal de ne reconnaître les femmes et leurs besoins qu’en relation avec vous et vos besoins.

    Il est patriarcal d’insérer des rappels de votre condition masculine dans chaque conversation spécifique à la condition des femmes.

Rappel amical : si vous êtes un homme vivant dans un patriarcat, ce qui signifie que vous bénéficiez du patriarcat à presque tout moment, le fait de vous qualifier de féministe ne vous empêche pas de perpétuer la suprématie masculine. Oui, vous m’avez bien entendu : même l’acte de vous qualifier de féministe peut être patriarcal.

Et la seule façon de savoir si votre « féminisme » demeure ou non patriarcal, c’est de vous livrer à cette démarche inconfortable que l’on appelle l’introspection. Demandez-vous : « Quand je me qualifie de féministe, qui en profite principalement ? Les femmes ? Ou moi ? »

Et, en passant, un mot pour vous toutes, les femmes féministes qui lisez ces lignes : n’allez pas penser que je m’apprête à vous laisser vous défiler.

Je suis tellement déçue de nous.

Lorsque nous présentons à des hommes nos points de vue féministes, nous perdons tellement, tellement de temps à chercher désespérément leur approbation et leur validation. Tellement de temps à faire tout en notre pouvoir pour nous dissocier du stéréotype de « la misandre ». (J’écris « nous » parce que j’en suis coupable moi aussi.)

Je comprends la situation, vous savez. J’ai souvent été dans cette situation inconfortable, quand j’essaie d’expliquer mon féminisme à un homme qui pense que le féminisme est stupide, et il rigole, se moque de moi, est condescendant, m’interrompt et me rabaisse. Je connais cette honte et cette humiliation, et je sais pourquoi nous faisons tout notre possible pour éviter de se sentir de cette façon. Je peux apprécier les motivations qui nous amènent à vouloir rendre le féminisme attrayant pour les hommes.

Mais nous devons cesser de prétendre que rendre le féminisme plus acceptable pour les hommes est indicatif de progrès réalisés pour les femmes. Toute personne qui se dit féministe, indépendamment de son sexe, doivent réfléchir aux questions suivantes :

Qu’en serait-il si le Patriarcat ne nuisait pas aux hommes?

Si nous vivions dans un monde où les hommes ne sont que bénéficiaires du Patriarcat, ne s’en trouvent jamais désavantagés?

Les hommes seraient-ils alors justifiés de ne pas se soucier de la douleur des femmes ? Du traumatisme collectif vécu par les femmes ? De notre peur, notre désespoir et notre asservissement mondial ?

La réponse est non, n’est-ce pas ? Parce que la prémisse voulant que les enjeux des femmes ne sont pertinents que lorsque le problème s’étend aux hommes est complètement tordue, n’est-ce pas ? Bon.

Alors, pourquoi faisons-nous activement la promotion d’une sorte de féminisme qui repose confortablement sur cette prémisse ?

Je dis : Nous ne devrions pas le faire.

Cette idée est controversée, je sais. Mais je parle sérieusement. Nous ne devrions pas faire appel à la sensibilité, la fragilité des hommes, quand nous parlons de nous-mêmes et de nos besoins spécifiques de femmes. Parce qu’il est, vous l’avez deviné, patriarcal d’attendre des femmes de nous modifier, de nous rétrécir, de nous étouffer, de nous censurer, et de nous cacher, dans le seul but d’accommoder et de réconforter les hommes. Nous le faisons depuis des années, et je suis fatiguée, et je sais que vous êtes fatiguées aussi.

 
Je vous laisse avec un concept auquel réfléchir : L’empathie.

Être émue par les sentiments d’une autre personne, même si vous ne partagez pas leur situation.

« Les hommes souffrent aussi du patriarcat » est un slogan néfaste et contre-productif, parce que même si cette phrase est vraie, elle perpétue l’idée que les sentiments des femmes, leurs besoins et leurs situations de crise ne sont pas pertinents tant que les hommes ne décident pas qu’ils le sont.

Un slogan plus productif, serait : « Les femmes souffrent du patriarcat et c’est une raison suffisante pour y mettre fin. »

Voilà ce à quoi ressemble l’empathie. C’est ce que nous devrions encourager chez nos alliés masculins. Et en attendant le jour où plus d’hommes féministes masculins seront plus motivés par l’empathie plutôt que par le faux «féminisme» narcissique et axé sur les hommes qui semble de plus en plus populaire de nos jours, je continuerai à dire que je me méfie des hommes « féministes » et que vous devriez le faire aussi.

 

Alicen Grey, juillet 2015

Version originale : https://medium.com/@alicengrey/i-m-suspicious-of-male-feminists-and-you-should-be-too-441055a2e614#.4200vw8u2

vendredi 17 septembre 2021

Lecture en cours : Mona Chollet - Réinventer l'amour - Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles

Source : https://www.editionsladecouverte.fr/reinventer_l_amour-9782355221743

 

Réinventer l'amour
Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles
Mona CHOLLET

Nombre de femmes et d’hommes qui cherchent l’épanouissement amoureux ensemble se retrouvent très démunis face au troisième protagoniste qui s’invite dans leur salon ou dans leur lit : le patriarcat. Sur une question qui hante les féministes depuis des décennies et qui revient aujourd’hui au premier plan de leurs préoccupations, celle de l’amour hétérosexuel, ce livre propose une série d’éclairages.
Au cœur de nos comédies romantiques, de nos représentations du couple idéal, est souvent encodée une forme d’infériorité féminine, suggérant que les femmes devraient choisir entre la pleine expression d’elles-mêmes et le bonheur amoureux. Le conditionnement social, qui persuade les hommes que tout leur est dû, tout en valorisant chez les femmes l’abnégation et le dévouement, et en minant leur confiance en elles, produit des déséquilibres de pouvoir qui peuvent culminer en violences physiques et psychologiques. Même l’attitude que chacun est poussé à adopter à l’égard de l’amour, les femmes apprenant à le (sur ?) valoriser et les hommes à lui refuser une place centrale dans leur vie, prépare des relations qui ne peuvent qu’être malheureuses. Sur le plan sexuel, enfin, les fantasmes masculins continuent de saturer l’espace du désir : comment les femmes peuvent-elles retrouver un regard et une voix ?

Version papier : 19 € 


A écouter : Mona Chollet invitée d'Olivia Gesbert le 16/09/21
https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-idees/pourquoi-l-amour-fait-male

 

A écouter aussi : Ce matin, Anne-Cécile Mailfert, Présidente de la Fondation des Femmes, adresse une lettre au conjoint de l'une de ses amies
https://www.franceinter.fr/emissions/en-toute-subjectivite/en-toute-subjectivite-du-vendredi-17-septembre-2021

 

mercredi 15 septembre 2021

Lecture à venir : Mon privilège, ton oppression - Nathalie Achard

Source :  https://lestroisthes.fr/2675-2/

https://www.marabout.com/mon-privilege-ton-oppression-9782501138680

Mon privilège, ton oppression - Nathalie Achard - Et si prendre ma  responsabilité pouvait changer  le monde ?

 


Si vous commencez à voir (ou qu’il est très clair pour vous) que les racisme, hétérosexisme, validisme, classisme, sexisme, etc. ne sont pas (que) des avis, des émotions, l’expression d’une forme de haine ou d’intolérance, mais des rapports de pouvoir historiquement construits, aux dépens des un·es et au profit des autres (c’est la base, la première partie et la plus courte du livre), et que vous souhaitez y voir plus clair sur les options à votre portée pour en sortir, en voilà une, que Nathalie Achard traite dans ce livre : la dimension personnelle, élément indispensable allant de pair (de trio) avec la dimension interpersonnelle et systémique.

Ces rapports de pouvoir, nous les avons intériorisés. Ils infiltrent notre représentation de nous-même, notre représentation des autres, notre représentation du monde, nos relations.

En quoi la communication nonviolente peut nous aider à suivre ce chemin ? D’abord précisions que la CNV (dont le formalisateur lui-même n’était pas satisfait du nom) n’est pas qu’un parler consensuel, qu’elle n’est pas qu’indolore, et que celle dont il est question ici a pour objet de soutenir notre libération commune (c’est son intention première, mais faute d’outils prenant concrètement en compte les oppressions systémiques, elle s’est en partie perdue dans beaucoup de cas). Ce n’est pas un outil tourné uniquement vers mon mieux-être. La CNV est une posture (qui consiste notamment à voir l’humanité en chacun·e derrière tout acte), une conscience, une prise de responsabilité dans un monde où l’on se perçoit comme en relation et donc en interdépendance.

Qu’on le veuille ou non, on est tou·tes partie prenante de ce système oppressif, raciste, classiste, validiste, adultiste, hétérosexiste, transphobe, où les normes de l’apparence sont ultra rigides et mortifères, etc. On en est tou·tes partie prenante, de quelque côté qu’on soit de chacune de ces oppressions.

 

La seconde partie du livre, la plus développée, traite des manifestations et de l’intériorisation de six d’entre elles : le classisme, l’hétérosexisme, le « lookisme », le racisme, le sexisme et le validisme, avec exemples quotidiens et proposition de pratiques.

Nathalie Achard nous invite à identifier ces oppressions et à regarder en face la manière dont nous les avons intériorisées (ce qui n’est justement pas une évidence : nos angles morts sont ce qui maintient notre idéal de nous et de ce monde). À accueillir avec bienveillance toutes les pensées et les émotions qui nous traversent, c’est-à-dire sans jugement, en se reliant aux besoins qui sont les nôtres (la sécurité, la tranquillité, l’appartenance…). Ce travail ne nécessite aucune connaissance préalable de la CNV.

Comment je réagis à certaines situations ? Qu’est-ce que ces réactions disent de mon intériorisation des oppressions ? Comment je réagis à mes propres réactions : quand je suis sous le choc, ou que je me vois dans le déni, dans la honte, dans la colère, dans le désespoir, dans la confusion ?

 

Prendre conscience de la réalité des oppressions, de la manière dont nous les avons intériorisées, de nos réactions, est douloureux.

Ça fait peur, de vivre dans un monde pareil. Une violence pareille. À l’extérieur de moi et en moi aussi, envers les autres et envers moi-même. Tout ce que je me dis sur moi.

Ça fait peur, l’idée de perdre mon confort, ma sécurité, ma légitimité, ma crédibilité, si les oppressions qui sont à mon service disparaissaient.
Ça fait peur, l’inconnu : à quoi ça ressemblerait, un monde sans domination ? On l’a tellement intériorisée qu’on ne peut l’imaginer.

Ces oppressions et ces peurs nous coupent de l’humanité des autres, et de la nôtre. Nous poussent à ne pas regarder en face leur fonctionnement et notre responsabilité.

Et quand bien même on a fait une partie de ce chemin, on se sent immensément impuissant·e face à ces réalités.

En quoi la communication nonviolente peut nous aider à suivre ce chemin ? En accompagnant les êtres sensibles et émotifs que nous sommes face aux prises de conscience choquantes et déprimantes. Devant la ronde de la colère, de l’indignation, du désespoir et de la honte. Dans l’impuissance. Elle peut nous accompagner dans le deuil de l’image qu’on pouvait avoir de notre monde, de l’idéal qu’on avait de nous ou d’autres personnes. Non pas pour dépérir et se résigner, mais pour agir avec davantage de conscience et davantage au service du monde dans lequel on aimerait vivre : où tout le monde serait pris en compte. Et c’est souvent là que le bât blesse.

C’est l’objet de la troisième partie, « Et maintenant, j’assume et j’agis », qui parlera sans doute beaucoup aux personnes engagées, d’une manière ou d’une autre, dans le changement social (avoir des conversations sur le sujet en est une).

Nathalie Achard y propose en particulier des pratiques pour agir dans mon plein pouvoir (en redonnant sa puissance à la « vulnérabilité »), accueillir mon désespoir, intégrer le deuil et la célébration dans mon quotidien, pour me permettre d’aller de l’avant, œuvrer à une culture de consentement réel en prenant en compte ma position de pouvoir, cultiver la conscience et la responsabilité qui font de moi un·e meilleur·e allié·e, dans l’accueil et le respect de mes limites.

Ce travail de fond va aux racines de la violence. Et alors même que c’est l’intention première de la CNV, alors même que des formatrices de CNV comme Roxy Manning ou Miki Kashtan œuvrent pour le soutenir depuis des années, il génère de de fortes résistances, y compris dans le monde de la CNV.

Ce livre est l’une des rares ressources francophones sur le sujet (Nathalie Achard a également écrit La CNV à l’usage de ceux qui veulent changer le monde) et on espère que de nombreuses autres suivront. Parce que ce travail individuel d’introspection et de transformation, au service de la responsabilité, paraît indispensable (avec la transformation interpersonnelle et systémique) pour ne pas reproduire indéfiniment le passé.

lundi 13 septembre 2021

Comment dire “non” en prenant en compte la notion de différence de pouvoir entre nous…

Source : https://cercle-cnv.com/comment-dire-non-en-tenant-compte-des-relations-de-pouvoir/


“Lorsqu’il y a des différences de pouvoir entre les personnes, celles-ci vont affecter tout ce que nous faisons en matière d’apprentissage de la CNV​ (Communication NonViolente).

Si vous avez moins de pouvoir, certaines choses vont devenir un luxe pour vous parce que vous allez être préoccupé.e.​s à survivre et à maintenir un certain niveau de dignité. Si j’ai un quelconque pouvoir et que je vous fais une demande, cela va être plus difficile pour vous de me dire non que si nous avons le même accès au pouvoir.” Miki Kashtan 

Lorsque j’ai entendu cette phrase de Miki Kashtan, formatrice certifiée du CNVC, dans l’un de ses ateliers en ligne intitulés : “Making NVC Relevant to a World of Crisis ; Integrating Systemic Awareness and Nonviolence into Our Teaching experience” (Rendre la CNV pertinente dans un monde de crise : intégrer la conscience systémique et la NonViolence dans notre enseignement), j’ai été vraiment interpellée parce que tout d’un coup certains phénomènes que je pouvais observer en moi-même et autour de moi-même prenaient enfin du sens. (Retrouver la formation de Miki ici).

 Lire la suite

dimanche 5 septembre 2021

Renoncer à quoi ?

utile discernement et claire conclusion, je trouve 😉



Yvan Amar - L'obligation de conscience
p114

[...]
Lorsqu'un instructeur appartenant à la voie du monde enseigne, il est important qu'il rappelle qu'il s'adresse à des êtres vivants dans le monde, ce qui implique certaines conséquences. Le témoignage des grands saints et des grands réalisés, par nature contemplatifs, est authentique ; ce sont des êtres précieux, il nous faut les respecter et nous imprégner de l'influence bénéfique de l'immense qualité de la transformation de leur conscience.

Il existe néanmoins un enseignement qui concerne les êtres qui vivent dans le monde, un enseignement qui se fonde sur une conscience tout aussi éminente de la réalité divine en action dans le monde. Ce n'est pas parce que ce monde est soumis aux lois de l'apparition et de la disparition qu'il n'a pas de sens, bien au contraire. Cela oblige ceux qui vivent dans le monde à une aussi haute renonciation : être dans le monde, sans être intéressé.

Sur la base de la prise de conscience que ce monde est fait d'apparitions et de disparitions, si on décide de ne rien faire, qu'est ce que cela veut dire véritablement ?
Cela implique que le fait de n'en tirer aucun résultat justifierait alors de ne pas intervenir.
Ceci nous donne l'occasion de nous rendre compte que c'est parce que nous sommes encore intéressés par le monde que nous prétextons de l'impermanence des choses et de nos propres vies pour justifier un désintéressement. C'est faux : c'est l'intéressement implicite qui justifie le pseudo-désintéressement apparent.

Alors, la vraie grande renonciation dans le monde, ce n'est pas le renoncement à l'action, c'est le renoncement aux fruits de l'action,
c'est le fait d'apporter sa contribution pour la gloire de cette grande vie qui se déploie avant et après notre passage.


Revenons à cette citation de frère Antoine, tirée de la Bible : "La personne qui met la main à la charrue et qui regarde en arrière, celle-là n'est pas digne du Royaume." Mettre la main à la charrue veut dire que nous sommes dans le monde et que nous participons à l'avancée du monde : faire tourner la roue, faire avancer la charrue. Mais sans songer aux fruits de l'action. C'est à dire que nous prenons le monde avec ses lois, nous accomplissons la Loi, le Dharma : nous faisons tourner. Sans chercher le fruit, sans chercher la gratification, sans être mû par l'intérêt personnel.

Lorsque vous rencontrez un instructeur de la voie du monde, il établit d'emblée cette distinction, tout en vous faisant respecter la réalité de l'une et de l'autre de ces réalisations : celle du contemplatif et celle de la personne active. A partir de là, il nous appartient de nous positionner et d'assumer la vie dans le monde et, par voie de conséquence, de nous adonner à une pratique de conscience adéquate à notre vécu quotidien dans le monde. Trop souvent, les pratiques spirituelles issues de la fréquentation des solitaires et des contemplatifs nous font greffer dans des quotidiens d'êtres actifs des pratiques de contemplatifs. Parce que nous avons pratiqué un peu le matin et un peu le soir ces techniques contemplatives, nous pensons que nous sommes quittes, du point de vue de la conscience et de la spiritualité. Ou bien nous réservons cela au week-end, à la cérémonie hebdomadaire et à quelques offices marquants l'année. Non ! La pratique spirituelle n'est pas une greffe de contemplation dans une vie d'action. La pratique spirituelle, c'est l'action consciente, c'est vivre consciemment selon le mode dans lequel nous fonctionnons au sein du monde. Ce mode nous est révélé soit par une qualité d'intimité que nous allons amener du matin au soir dans notre vie quotidienne, soit par l'enseignement du témoin de cette voie là, un instructeur de la voie du monde.

Quelle est la pratique de la voie du monde ? C'est simple : là où siège la difficulté, là est la pratique.
Qu'est ce qui est difficile dans la voie du monde ? C'est l'autre. L'autre est la difficulté, l'autre est la pratique.

[...]

 

mercredi 1 septembre 2021

De la morale à l'éthique : sortir du cadre, dépasser la limite, en répondre, la reposer ailleurs

Relecture de ce livre "Penser l'écart"

Un chapitre qui s'intitule "L'écart face à l'autre", c'est le dernier du livre... 

"Toute levée de limite n'est que provisoire : assumer jusqu'au bout le geste "hors cadre", c'est comprendre qu'il ne s'agit pas simplement de passer outre le récit collectif. Il ne s'agit pas d'une transgression irresponsable mais d'une prise en charge pleine et entière de la limite par le sujet-auteur.
Rien ne se créé sans en passer par cette zone trouble, hors récit collectif, où le désir et l'angoisse sont sans doute les plus aigus. Rien ne se créé non plus sans la pose de cette limite, à nouveau, mais ailleurs. Ainsi, qui lève une limite se doit de répondre d'elle : sortir du cadre donne une responsabilité particulière, qui n'est pas celle de gardiens mais d'artisans de la limite.
Si elles souhaitent respirer à pleins poumons, ces personnes n'ont d'autre choix que de travailler à s'assumer pleinement comme co-autrices des récits. Il leur incombe par conséquent de travailler à la question posée par toute limite car elles sont à même d'y répondre et d'en répondre, en la réajustant de manière féconde. C'est à cette seule condition que leur propre récit subjectif pourra s'initier car la possibilité même de tout récit subjectif en passe par le travail des récits collectifs eux-mêmes. Or, il faut pour cela pouvoir s'y tenir résolument à la marge, considérant dans son ensemble le récit collectif sans rien lâcher de son éprouvé. C'est une position qui requiert une capacité de grande écoute, une sensibilité beaucoup plus fine, mais aussi, une pleine autorisation donnée à soi-même de se tenir là, à la marge, un pied dedans et un autre en dehors du récit collectif, Passer de la morale à l'éthique est le grand défi de tout "hors cadre". Son salut réside dans ce grand pas. Toucher de tout son être, et pas seulement du bout de son intellect, son innocence fondamentale est le point d'appui à partir duquel cette personne trouvera à se donner l'autorisation d'exister telle qu'elle est et d'où elle se tient. 

S'affranchir de la morale est un des grands défis qui attendent l'humanité, mais si ce n'est pas pour passer à l'éthique, il n'y a là aucune libération de l'intelligence : sombrer dans la perversion, c'est la pure et simple annihilation de tout, car aussi brillant soit-il en apparence, le pervers ne peut rien créer véritablement. Faute de ne savoir désirer la limite et de ne pouvoir la refonder, il s'avère infécond dans sa pensée comme dans ses réalisations qui n'ont que l'apparence de la virtuosité."

[...]

Que les "hors cadre" acceptent de suspendre un instant la limite, dans l'élan confiant de la promesse de sa réinvention, sans craindre de sombrer dans la perversion. Qu'ils ne s'effraient plus de la confusion où cette levée les place inévitablement : la confusion est au domaine intersubjectif ce que l'erreur est au domaine objectif, un levier de l'apprentissage qu'il convient de dédramatiser de toute urgence, non pour sombrer dans la perversion, le chaos, mais au contraire, pour accéder à la dialectique et à l'éthique.
Qu'elles embrassent avec bonheur et sans retenue l'équivocité enchanteresse et leur désir d'aventure, qu'elles soient à l'écoute de leur sentiment de malaise quand il survient, sans pour autant s'en effrayer, qu'elles le travaillent et l'élaborent, afin de trouver l'endroit juste de la limite de ce qui s'invente, sans quoi elles se condamnent à la stérilité.
Que la question de la limite à refonder les hante, quelle que soit leur tentative d'élaboration ou de création, dans le réajustement perpétuel de celle-ci, par l'essai, l'erreur et la confusion constamment travaillés. On ne fait rien, on ne crée rien, on ne vit rien et rien ne se fonde à demeurer piégés du récit collectif. Mais on ne fait rien, on ne crée rien, on ne vit rien et rien ne se fonde non plus sans le récit collectif. Le repli autistique, la paranoia ou la perversion en sont des témoignages suffisamment éloquents. Ni complètement dans, ni tout à fait sans, mais en articulation avec le récit collectif : il s'agit d'assumer de s'y tenir à côté et d'élaborer son récit de sujet de manière dialectique.

S'autoriser à réinventer la limite est exactement ce qui va permettre à toute relation de faire sens pour la personne "hors cadre" et éventuellement de s'inscrire dans le temps, non comme un projet, rigoureusement circonscrit d'avance, mais comme une aventure. Pour toutes celles qui semblent condamnées à osciller entre des relations "normales" mais qui leur semblent inconsistantes, et des relations qui les attirent irrésistiblement mais se révèlent destructrices, la seule clé se trouve là. Le rejet des limites telles que les propose le récit collectif n'est pas pathologique, bien au contraire.
Ce n'est pas un hasard si toute relation est pensée aujourd'hui sous les modalités du contrat et du projet : ils sont les artifices par lesquels notre modernité reconstruit un temps de la stase (immobilité). Ils sont, imaginairement, une façon d'assigner d'avance à la relation son sens, sa finalité et ses bornes. C'est à dire de retirer imaginairement à l'avenir tout ce qui le constitue comme tel : son imprévisibilité. En l'inscrivant dans le présent, sous forme de détails concrets n'attendant plus que leur réalisation, on le stérilise. Ce faisant, on anéantit aussi le rêve ou le fantasme dans ce qui en faisait le sens : son ouverture vers un horizon indéfini."



oui je sais c'est abusivement adapté comme texte 😂😂
et comme illustration aussi !!



mardi 31 août 2021

Synthèse et analyse du nouveau rapport du GIEC

Source : https://bonpote.com/synthese-et-analyse-du-nouveau-rapport-du-giec/

Lire l'article

Une infographie à propos des évènements extrêmes

 

Ou lire Le rapport du GIEC pour les parents et enseignants

Ou lire une synthèse du rapport en image



 

L’avenir du low-tech entravé par le dogme de la croissance

 Source : https://reporterre.net/L-avenir-du-low-tech-entrave-par-le-dogme-de-la-croissance

Les low-tech, qui constituent une orientation technologique indispensable, peinent à sortir de la marginalité. En cause, leur difficile compatibilité avec les principes de croissance et de rentabilité ainsi que l’emprise qu’ont les hautes technologies sur nos manières d’imaginer le futur.


 


Seul à bord de son catamaran aux allures de laboratoire, l’aventurier et ingénieur Corentin de Chatelperron montre à la caméra l’une de ses créations : une lampe solaire en forme de cube transparent, fabriquée à partir d’une bouteille d’eau, de planches de bois et de quelques composants électroniques recyclés. Dans le reste de sa vidéo, postée sur la chaîne YouTube du Low-tech Lab, le sympathique trentenaire à la chevelure brune et bouclée montre patiemment comment fabriquer cet objet à la fois « utile, durable et accessible à tous ». En un mot, « low-tech ».

Formé par antonymie avec le « high-tech », ce terme désigne des innovations sobres, agiles et résilientes, devant contribuer à l’émergence d’une société plus économe en ressources et en énergie. Sur Internet, les tutoriels pullulent : on y apprend comment construire des cuiseurs solaires, des éoliennes domestiques et des « frigos du désert » (qui permettent de conserver les aliments sans recours à l’électricité) grâce à des matériaux simples et à une bonne dose d’ingéniosité. Malgré les nombreux livres, hors-séries et documentaires consacrés ces dernières années au low-tech, force est pourtant de constater que la démarche demeure marginale.

« Si l’on faisait un sondage dans la rue pour savoir si les gens voudraient vivre dans une ville low-tech, ou pire, prendre un avion low-tech, je ne suis pas sûr qu’il y aurait beaucoup de réponses positives », estime Philippe Bihouix, ingénieur et auteur de L’Âge des low-tech — vers une civilisation techniquement soutenable. La démarche est selon lui restée « relativement confidentielle », et n’attire pour le moment qu’un public d’ores et déjà sensibilisé aux questions écologiques. En dépit des nuisances environnementales qu’ils génèrent, les balances, montres et distributeurs de croquettes connectés restent plus populaires sur les étals et dans les placards que les inventions low-tech.

Comment expliquer que ces alternatives pourtant prometteuses sur le plan écologique peinent tant à s’inscrire durablement dans notre paysage technique ? Pour Philippe Bihouix, le premier frein au développement de la low-tech est économique : « Consommer des ressources ou émettre des gaz à effet de serre reste moins cher que de mobiliser du travail humain, ce qui bloque l’émergence de beaucoup de solutions de réparation et de formes artisanales de travail. »

Des techniques qui ne vont pas dans le sens de la croissance et la rentabilité

Les principes de durabilité et de réparabilité de la technologie sobre entrent également en contradiction avec la volonté de croissance des entreprises, entravant l’adoption de ces inventions par le grand public. En 2019, le service innovations de Décathlon a entamé une collaboration avec le Low-tech Lab pour concevoir un réchaud low-tech. L’expérience a tourné court. « Le produit final ne ressemble pas forcément à ce que nous avions en tête au départ, confie Kévin Loeslé, responsable du développement de la communauté au Low-tech Lab. Dans de grandes entreprises comme celle-là, certains ont des idées et veulent faire des choses, mais d’autres veillent au grain sur la question de la rentabilité. » « Le travail fait ensemble relève plus de l’écoconception que de la démarche low-tech telle qu’on la mesure aujourd’hui, confirme Clément Chabot, cofondateur du Low-tech Lab. Aujourd’hui, ce produit est fait à l’autre bout du monde pour une utilisation de camping. Est-ce que ça va sauver le monde ? Je ne pense pas. » Décathlon n’a quant à lui pas répondu aux multiples sollicitations de Reporterre sur le sujet.

Philippe Bihouix évoque également des freins réglementaires, notamment dans le secteur de la construction. Pour ce qui est de la rénovation thermique, les aides financières accordées par l’État sont par exemple conditionnées au respect de normes par les fabricants, dont ne peuvent bénéficier certaines alternatives low-tech. « À partir du moment où le système est autoconstructible, que ce soit un poêle à bois ou un panneau solaire thermique, il n’entre pas dans les normes car il ne peut pas être testé par un organisme agréé à la fin, pour le moment en tout cas », dit Quentin Mateus, coordinateur des enquêtes du Low-tech Lab. Il précise que les niveaux de sécurité et de performance de ces équipements énergétiques peuvent pourtant être « aussi bons, voire meilleurs » que ceux produits par des industriels. L’ingénieur regrette que « trop peu d’argent public » soit investi dans des dispositifs d’éducation et de vulgarisation qui permettraient au grand public de « s’autonomiser » en matière d’économie d’énergie. « Les résultats seraient pourtant probablement plus intéressants », pense-t-il.

Pour Sandrine Roudaut, autrice de L’utopie, mode d’emploi et corédactrice d’une note de La Fabrique écologique sur l’innovation low-tech, les raisons de l’indifférence d’une large partie de la population à l’égard de ces alternatives sont à chercher du côté de notre imaginaire collectif. « Tous nos scénarios du futur sont confisqués par la high-tech, déplore-t-elle. Quand on parle de low-tech, on a l’impression qu’il s’agit d’un retour en arrière. L’idée de progrès est forcément associée à plus de numérique, plus de technologie, au lieu de repenser le scénario d’usage et le rendre plus frugal. »

En tant qu’éditrice aux éditions La mer salée, Sandrine Roudaut constate de près à quel point la high-tech exerce une emprise sur nos imaginaires. « Les fictions décrivant un monde dominé par la surveillance et la high-tech représentent la majorité des manuscrits que je reçois, raconte-t-elle. Si l’on ne montre pas autre chose, on définit que le futur, de toute façon, sera comme ça. »

Imaginer une société low-tech désirable

L’enjeu, selon elle, est donc de permettre au grand public de visualiser à quoi pourrait ressembler une société low-tech. « Une des raisons pour lesquelles la low-tech n’émerge pas, c’est que l’on ne la voit pas dans les récits ni dans les films. Tout le monde associe la fin de notre monde high-tech à un monde survivaliste dans lequel on va se taper sur la figure. Il faut montrer un monde différent. » Dans son roman Les Déliés, Sandrine Roudaut a ainsi décidé de faire la part belle à ces innovations. Y sont par exemple évoqués des modes de communication low-tech et le recours de médecins à des animaux pour dépister des maladies, une méthode dont l’efficacité a été prouvée, par exemple dans le cadre de détections de cancers de la prostate par une équipe de chercheurs italiens. « Par la fiction, on peut se rendre compte qu’un tel monde est possible et, surtout, désirable », estime la romancière.

La note de la Fabrique écologique à laquelle a contribué Sandrine Roudaut évoque d’autres pistes pour favoriser l’essor de cette démarche : ouverture de lieux de réparation citoyenne dans chaque commune, taxation des produits démesurément high-tech, création d’une instance habilitée à interdire les produits trop polluants, etc. Les auteurs défendent également la transformation de notre modèle fiscal. « Si un aspirateur tombe en panne, il est aujourd’hui aussi cher de le réparer — si tant est que ce soit possible — que d’en racheter un neuf, car le coût de la main d’œuvre est plus élevé que celui des ressources. L’idée serait de prélever les cotisations sociales [1] non sur le travail humain dans les salaires, mais sur la dépense d’énergie et de ressources des entreprises, explique Philippe Bihouix, également coauteur de cette note. Cela renchérirait le prix des biens et des services à forte empreinte environnementale, et baisserait celui de ceux qui dépendent du travail humain. » Selon l’ingénieur, cette nouvelle fiscalité pourrait « casser » la course à la productivité, et freiner le remplacement du travail humain par des machines ou des logiciels énergivores.

Former les ingénieurs à ces enjeux est tout aussi important. « Si l’on parvenait à débloquer suffisamment d’argent pour développer la low-tech, il faudrait pouvoir embaucher des gens formés à ces questions, analyse Kévin Loeslé, du Low-tech Lab. Aujourd’hui, il n’y en a pas, ou peu. Il s’agit principalement de gens reconvertis, qui font un pas de côté par rapport à leurs activités précédentes. » Pour le moment, la démarche reste absente des programmes de la grande majorité des formations d’ingénieurs. « Les écoles ne voient pas la low-tech au niveau industriel, observe Baptiste Eisele, étudiant à l’École nationale supérieure des Mines d’Albi-Carmaux et membre du collectif Pour un réveil écologique. Il y a un fossé entre ce que nous devons faire pour répondre à l’urgence écologique et ce que l’on nous enseigne. »

Quelques signaux encourageants montrent toutefois qu’une mutation pourrait s’amorcer : une formation dédiée, la Low-tech Skol, a récemment été créée à Guingamp. À l’Institut catholique d’arts et métiers de Lille, des étudiants ont fondé un atelier low-tech. Quelques écoles d’ingénieurs, comme l’INSA Lyon et l’Université de Technologie de Troyes, commencent à intégrer la low-tech à leurs offres de cours, sans que cela ait nécessairement un impact sur la qualité de la formation des étudiants. « On peut apprendre comment fonctionnent l’optique et la thermique grâce aux low-techs », s’enthousiasme Kévin Loeslé. Pour que cet engouement encore timide se poursuive, encore faudrait-il que les entreprises s’intéressent elles aussi à la démarche, tempère Philippe Bihouix : « Le travail d’une école est d’assurer l’employabilité des élèves. L’enseignement doit évoluer en même temps que la structure industrielle et technique de la société. »

Un modèle sociétal à repenser localement

Les collectivités locales ont elles aussi un rôle crucial à jouer, selon Clément Chabot : « Le territoire est le premier bénéficiaire de la low-tech, qui amène de la résilience ». Soutien aux associations et aux entreprises locales engagées dans la démarche, adoption d’innovations en technologie sobre au sein des bâtiments publics afin de permettre au grand public de les expérimenter, création d’espaces de pédagogie dans les mairies… Les possibilités sont nombreuses, et là encore, les choses semblent bouger doucement.

Quentin Mateus constate ainsi qu’un nombre croissant de collectivités locales s’intéressent à la low-tech. La région Bretagne, par exemple, forme ses agents à la démarche, et soutient financièrement des expérimentations à l’échelle du territoire. L’agglomération de Lorient a créé une subvention à destination des particuliers souhaitant se former à l’autoconstruction de capteurs solaires thermiques, tandis que des discussions sont en cours dans la ville de Bordeaux quant à l’installation, au cours des deux prochaines années, de toilettes sèches au sein de l’Hôtel de ville et dans d’autres bâtiments publics. En Île-de-France, l’Agence de la transition écologique (Ademe) a débloqué une enveloppe de 1 million d’euros en 2020-2021 pour financer des projets d’innovation sobre. La ville de Boulogne-Billancourt, enfin, soutient le Low-tech Lab local, qu’elle installera dans sa future Maison de la Planète. Ces projets restent pour le moment minoritaires. Pas de quoi décourager les chantres de la low-tech pour autant. « Les choses prennent du temps, il est important de l’accepter, insiste, optimiste, Clément Chabot. Tout notre modèle sociétal est à repenser. Cela ne se fait pas en claquant des doigts. »



lundi 30 août 2021

LSD, la série documentaire : Une terre qui parle (4 épisodes)

 Source : https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/la-terre-s-est-tue

Épisode 1 : La terre s’est tue

Dans le train, quand on regarde par la fenêtre, ce sont de vastes champs que l’on voit. Nous appelons cela « nature » et il arrive même que l’on trouve ça beau. Comment en est-on arrivé là ?


Épisodes suivants

  • Les réserves de vie sauvage du Vercors, voyage dans des sanctuaires vivants
  • Quand un territoire devient parc national
  • Une terre qui parle 
 

jeudi 26 août 2021

Idée-lecture : Le français est à nous !

 Source : https://www.editionsladecouverte.fr/le_francais_est_a_nous_-9782348069901


Petit manuel d'émancipation linguistique
Maria CANDEA, Laélia VÉRON


À force de l’entendre, cela semble admis : la langue française serait en péril, confrontée à diverses menaces (les anglicismes, le langage SMS, le politiquement correct, etc.). Sur quoi reposent ces craintes ? Comment faire la part de ce qui relève de la description de la langue, et ce qui relève des discours fossilisés tenus au nom de la langue ?
Entrons ensemble dans l’histoire sociopolitique du français, dépoussiérons les débats citoyens sur ces questions ! Ce sera l’occasion de découvrir les liens subtils entre langue, politique et société. De voir qu’on peut à la fois aimer le français et avoir confiance dans sa vitalité, sans se complaire dans la nostalgie d’un passé mythique. De comprendre que la langue fait partie des éléments qui contribuent à maintenir un système social ou à le changer.
La langue sera toujours un objet de débats collectifs : ce livre nous donne joyeusement les outils nécessaires pour y participer !


jeudi 19 août 2021

À visage découvert, un employé dénonce l’horreur subie par les cochons d’un élevage de l’Yonne

Source : https://lareleveetlapeste.fr/a-visage-decouvert-un-employe-denonce-lhorreur-subie-par-les-cochons-dun-elevage-de-lyonne

Source : L214

 
Au bout de deux ans de travail, profondément choqué par la maltraitance animale, en dépression, il a porté plainte contre l’élevage. Décidé à rendre publiques les images qu’il a filmées, sa demande est nette : la fermeture complète de la porcherie.

 L214 dévoile aujourd’hui une nouvelle enquête concernant un élevage de cochons de l’Yonne. Un employé de l’élevage, qui a travaillé plus de deux ans dans la porcherie, dénonce les sévices graves et les maltraitances commis sur les animaux. Fait rare, il s’exprime à visage découvert. On peut notamment voir sur les images, prises avec son téléphone portable, des truies recevoir de multiples coups de tournevis pour les faire avancer plus vite. Tuméfiées sur tout le corps, des truies agonisent sur le sol en béton de l’élevage. Des jeunes truies ont les dents coupées à la tenaille. Les images montrent également la coupe des queues à vif et le claquage des porcelets.
Des sévices graves et de nombreuses infractions

Cette porcherie, la SCEA des Tremblats II, se trouve dans l’Yonne, sur la commune d’Annay-sur-Serein (près d’Auxerre). C’est un élevage intensif où sont détenues 1 800 truies, le triple de la moyenne française. Elle appartient au groupe Provent-SDPR, implanté en Savoie, qui exploite directement ou indirectement (intégration) une centaine de sites d’élevages de porc, dont 3 maternités de truies

Sur les images, on peut également voir la zone d’équarrissage où sont stockés les cochons morts, de tout âge. Certains cadavres sont littéralement dévorés par les asticots. Une des bennes, d’où émergent des ossements, en est remplie.

La vidéo dévoile aussi une méthode particulièrement cruelle, pratiquée dans les élevages porcins : le claquage des porcelets. Ceux qui sont jugés les moins rentables sont assommés violemment tout juste après leur naissance. Cette opération est censée les tuer rapidement, ce qui est loin d’être toujours le cas.

En plus des sévices graves, de nombreuses infractions à la réglementation ont été identifiées dans l’élevage :

    La coupe des queues des porcelets (caudectomie) est systématique (interdit dans l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I, chap 1er. 8) ;
    Dans la verraterie (salle où sont encagées les truies en début et en fin de gestation), les truies n’ont pas d’accès à l’eau (exigence de l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I, chap 1er. 7) ;
    Quand les truies sont en groupe, les densités d’élevage sont trop fortes (densité réglementée dans l’arrêté du 16 janvier 2003 – article 3) ;
    Les truies n’ont pas accès à des matériaux manipulables (exigence de l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I) ;
    Les truies blessées ne sont pas soignées (exigence du code rural – Chapitre VI, article 226.6) ;
    Les dents des cochettes (jeunes truies de plusieurs mois) sont coupées à la tenaille (interdit dans l’arrêté du 16 janvier 2003 – annexe I, chap 1er. 8) ;
    L’aiguillon électrique est utilisé abusivement (réglementé par le règlement européen du 24 septembre 2009  – annexe III, point 1.9).

Une alerte restée sans réponse

Le lanceur d’alerte a souhaité parler des maltraitances avec son responsable. Sans réponse de sa part, il a dénoncé les faits au directeur de l’établissement. Ses signalements sont restés sans suite.

Au bout de deux ans de travail, profondément choqué par la maltraitance animale, en dépression, il a porté plainte contre l’élevage. Décidé à rendre publiques les images qu’il a filmées, sa demande est sans appel :

« Ce que je voudrais, c’est que le responsable ne travaille plus dans ce domaine là, et qu’il ferme la porcherie complètement parce que ça continuera tout le temps. »

Le lanceur d’alerte assure ne jamais avoir vu de contrôle des services vétérinaires dans l’élevage. L214 porte plainte pour sévices graves auprès du procureur d’Auxerre. Sébastien Arsac, directeur des enquêtes et porte-parole de L214, affirme :

« Nous saluons le courage de cet employé qui a décidé de rendre publics les sévices graves commis sur les animaux à la porcherie des Tremblats, dans l’Yonne. Les truies et les porcelets de cet élevage vivent déjà une vie misérable, comme dans la majorité des élevages de cochons (95 % des élevages de cochons sont de type intensif), ils sont en plus violemment maltraités sans réaction de la direction. Exigeons des sanctions pour cet élevage et une interdiction du claquage des porcelets ainsi que la coupe à vif de leur queue. »

Via une pétition en ligne, l’association demande une inspection immédiate de l’élevage, sa mise aux normes et que des sanctions soient prises. La castration à vif des porcelets sera bannie le 1er janvier 2022.

L214 demande au gouvernement que la coupe des queues à vif, source d’extrême souffrance pour les animaux, soit également interdite et que soit aussi proscrit le claquage des porcelets.


lundi 26 juillet 2021

Remuer notre merde

 Source : https://remuernotremerde.poivron.org/

Bibliothèque "hommes et patriarcat"

Catégories

  •     CONSENTEMENT
  •     CONSTRUCTION DES MASCULINITÉS
  •     CONTRACEPTION
  •     HOMMES ET FÉMINISME
  •     HOMOPHOBIE
  •     IDENTITÉS DE GENRE
  •     JUSTICE TRANSFORMATRICE
  •     MASCULINISME
  •     NON-MIXITÉ MECS
  •     RELATIONS AFFECTIVES
  •     SEXUALITÉS
  •     VIOLENCES SEXISTES ET SEXUELLES



samedi 10 juillet 2021

Idée-lecture : Terra Forma

Source : http://s-o-c.fr/index.php/object/terraforma/



Terra Forma raconte l’exploration d’une terre inconnue: la nôtre. Cinq siècles après les voyageurs de la Renaissance partis cartographier les terra incognita du Nouveau Monde, cet ouvrage propose de redécouvrir autrement cette Terre que nous croyons si bien connaître. En redéfinissant, ou plutôt en étendant le vocabulaire cartographique traditionnel, il offre un manifeste pour la fondation d’un nouvel imaginaire géographique et, ce faisant, politique.

Les sept chapitres de ce livre sont des points de vue sur la réalité, de possibles visions du monde esquissées par différents prismes, comme autant d’instruments optiques : par les profondeurs, par les mouvements, par le point de vie, par les périphéries, par le pouls, par les creux, par les disparitions et les ruines, ils produisent des savoirs situés, incarnés. Écrit sur le mode du récit d’exploration, cet ouvrage se veut aussi un manuel de dessin, qui invite le lecteur à explorer les techniques de représentation sur divers terrains, dans le but de constituer progressivement et collectivement un atlas d’un nouveau genre.

Travail expérimental à six mains, Terra Forma est le résultat d’une collaboration entre deux architectes dont la pratique se trouve à la croisée des questions de paysage et de stratégie territoriale, Alexandra Arènes et Axelle Grégoire, et une historienne des sciences, Frédérique Aït-Touati.

Carte du sol et de ses interactions, extraite de Terra Forma. Manuel de cartographies potentielles, Frédérique Ait-Touati, Alexandra Arènes et Axelle Grégoire, éditions B42, avril 2019.

https://editions-b42.com/produit/terra-forma/



vendredi 9 juillet 2021

Processwork

Source : https://processwork.info/de-quoi-sagit-il/

J'ai pas tout compris... mais ça parle de "gestion" des conflits.

 

Le Processwork est une approche inclusive.

C’est une méthode très créative de résolution de conflit, qui permet de laisser s’exprimer tous les points de vue et de débattre tout en avançant vers des points de résolution en s’ouvrant à plusieurs niveaux de compréhension. Un de ses présupposés est que les conflits interpersonnels ou sociopolitiques que nous vivons sont liés à nos propres conflits intérieurs. Le travail se fait donc toujours sur un plan personnel, relationnel et global.

  • Développer l’empathie et la compréhension du point de vue de l’autre, des autres
  • Expérimenter son propre rôle dans les conflits
  • Identifier un rôle fantôme qui perturbe les relations
  • Apprendre à déceler l’atmosphère dans un groupe 

à creuser...

 
https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/introduction-pratique-du-processwork-du-conflit-cooperation-du-conflit


mardi 6 juillet 2021

Féminisme : ressources

 Source : https://www.toutestpolitique.fr/2017/03/08/feminisme-ressources-faciles-et-utiles/

"En plus de manifester, faire des ateliers, des conférences ou autres; notre activité en ligne permet de partager nos idées à une plus grande échelle : nous (les féministes) écrivons des articles, faisons des vidéos, relayons des informations. Tout ceci prend un temps considérable, beaucoup d’énergie, mais cela est nécessaire.  Un jour, je vous raconterai comment je suis « devenue » féministe, comment tout a commencé… mais pour l’instant, je vais me contenter de remercier tou.te.s ces militant.e.s qui ont pris le temps de partager leurs connaissances de façon pédagogique, de mettre tout ça en forme pour permettre à des personnes comme moi (et comme vous ?) qui avaient soif d’apprendre, de trouver des ressources complètes, sérieuses, et aisées à comprendre."

 Voir la liste

 

+ des conseils de lecture d'une personne bien renseignée ;-)

"Celles qui l'ont le plus marqué et le moins permis d'esquiver sa responsabilité"

  • Nicole-Claude Mathieu, pour la question de la connaissance située du rapport de domination et pour la prise en compte du sexe comme construction sociale
  • Colette Guillaumin pour sa notion de "sexage", de l'expropriation violente du corps des femmes par les hommes, 
  • Christine Delphy pour sa notion d'économie domestique, pour les rapports entretenus entre le patriarcat, le capitalisme et le racisme, 
  • Monique Wittig pour sa critique radicale de l'hétérosexualité, 
  • Bell Hook pour la conscience des dominations croisées et la non-universalité du féminisme 
  • Andréa Dworkin pour l'approche des violences sexuelles comme moteur, cheminement et aboutissement pratique de la domination.


vendredi 2 juillet 2021

Podcast : Picasso, séparer l'homme de l'artiste

Source : https://www.venuslepodcast.com/episodes/picasso%2C-s%C3%A9parer-l'homme-de-l'artiste

 Cet épisode a mis du temps à arriver, mais c’était le temps nécessaire pour digérer et retranscrire tout ce qu’il y a à dire sur Picasso (enfin presque).

Figure du génie par excellence, Picasso est une icône quasi-intouchable, auréolée d’une mythologie qu’il a lui-même entretenue, que des centaines d’expositions et de records en salles de ventes continuent à alimenter. Au-delà de cette figure mythique, Picasso était un homme particulièrement violent et misogyne, qui a passé sa vie à écraser les personnes moins puissantes et moins privilégiées que lui. Le caractère destructeur de Picasso est loin d’être limité à sa vie privée, il a au contraire nourri une immense partie de son travail et c’est précisément pour ça qu’il est valorisé. Le cas de Picasso permet de réfléchir sur la façon dont les valeurs virilistes impactent tous les aspects de la culture occidentale, de l’esthétisation des violences sexistes et sexuelles à la fabrique des génies.

On a parlé de tout ça avec mon invitée Sophie Chauveau, autrice de Picasso, le Minotaure, mais aussi de division sexuée du travail et de charge mentale, de Dora Maar et des artistes que Picasso a brisé·es, d’appropriation culturelle, de subversion et de l’impunité qu’on accorde aux hommes puissants.

Pour le réconfort et la brillance, ces réflexions sont entrecroisées des mots lumineux de Virginia Woolf, Virginie Despentes, Alice Coffin, Vanessa Springora et Hannah Gadsby ❤️


Avertissement : cet épisode est particulièrement difficile et parle de violences sexistes et sexuelles, de pédocriminalité, de suicide, de la shoah et d’homophobie. Prenez soin de vous.


dimanche 27 juin 2021

L'iceberg du patriarcat capitaliste

Source : livre "Nous ne sommes pas seuls"

Lire des mécanismes communs au patriarcat et au capitalisme, le second semblant bien découler du premier si l'on regarde le régime relationnel à l’œuvre :

  1. invisibilisation
  2. appropriation
  3. exploitation 

Ah et bien voilà une image qui montre tout cela très bien !

Capitalisme < classisme < sexisme < colonialisme < naturalisme
traduire par  

  • exploitation du capital (faire du profit grâce à l'argent des autres) 
  • < exploitation du travail (faire du profit avec le travail des autres et sur les inégalités sociales) 
  • < exploitation des femmes (faire du profit "ménager, sexuel, reproductif, émotionnel, relationnel, de parole..." avec les femmes et sur les inégalités de genre) 
  • <  exploitation des autres pays/cultures (faire du profit avec les ressources et le travail des autres et sur les inégalités historiques de puissance politique et économique)
  • < exploitation du vivant (faire du profit avec la vie des autres qu'humains et sur les inégalités biologiques)



dimanche 20 juin 2021

120+ exemples du privilège masculin dans la vie de tous les jours

 Source : https://dialoguesavecmonpere.wordpress.com/exemples-du-privilege-masculin/

Cet article est une traduction partielle de l’article du magazine Everyday Feminism que vous pouvez trouver en entier ici, avec notamment les sources et études utilisées (dont nous n’avons pas toujours indiqué les liens dans la traduction) 

[...]

Actuellement, nos attentes culturelles, notre système législatif, nos programmes sociaux travaillent à conserver une hiérarchie qui place constamment les hommes en haut de l’échelle sociale. Par conséquent, les hommes réussissent, s’élèvent et profitent au détriment de tous les autres genres. C’est ce qu’on appelle le privilège masculin.

Mais le problème avec le privilège masculin, c’est que ça fait du mal à tout le monde, y compris à toi. Parce que profiter du privilège masculin requiert souvent de se conformer à une norme toxique de masculinité.

Tu sais cette norme – l’idée que les seuls « vrais mecs » sont ceux qui ne montrent pas leurs émotions, qui accordent une valeur suprême au sport et à la force physique, qui n’appellent pas à l’aide quand ils en ont besoin.

Et tu sais probablement aussi qu’aucun homme ne rentre complètement dans cette case étroite, mais aussi que notre société ne pardonne pas à ceux qui ne correspondent pas assez à ce qu’ils sont "censés être".

Cette masculinité traditionnelle est pourtant celle qui est récompensée par des privilèges. Nous devons dénoncer ces récompenses dans le but de libérer tout le monde du piège vicieux de ces boîtes oppressives dans lesquelles la société tente de nous mettre.

Profiter du privilège masculin ne signifie pas que tu es une mauvaise personne, et reconnaître ce privilège ne signifie pas que tu ne mérites pas le bonheur.
Mais une fois que tu comprends que ces avantages, souvent invisibles, souvent minimes, ne sont pas accessibles à tout le monde, tu pourras voir pourquoi parler de privilège permet de reconnaître que les personnes de tous les genres méritent un accès égal au respect basique de notre humanité. J’en reparle à la fin de l’article, mais pour l’instant, je finirai en disant que je suis heureuse que tu fasses le premier pas vers le changement en lisant cet article et en le partageant avec d’autres hommes et garçons autour de toi.

Sans plus attendre, dénonçons ces exemples de privilège masculin. Nous méritons ce changement !


1. En tant qu’homme, tu peux dominer la conversation sans être jugé. Les femmes sont perçue comme « trop bavardes » même quand elles parlent moins. Une étude montre que les femmes doivent représenter 60 à 80% d’un groupe pour avoir un temps de parole égal aux hommes dans une conversation.

2. Tu as moins de risque d’être interrompu quand tu parles – des études sur des hommes et des femmes ont montré que les deux genres interrompent les femmes plus que les hommes.

3. On ne suppose pas d’emblée que tu ne sais pas de quoi tu parles, et tu es moins sujet au mansplaining (c’est-à-dire être interrompu.e par un homme pour qu’il répète exactement ce que tu viens de dire ou parle à ta place d’un sujet que tu connais mieux – souvent avec condescendance).

4. Le vocabulaire courant favorise ton genre comme le genre par défaut, avec des mots comme « les Hommes » (pour l’humanité en général), « homme d’affaires » ou « homme politique » ou des noms de métier qui sont inféminisables.

5. On n’attend pas de toi que tu dises moins de gros mots, que tu t’excuses plus, ou d’autres comportements dits « féminins » qui renforcent le stéréotype selon lequel ton genre doit être délicat et soumis.

6. On n’attend pas de toi que tu te décales quand une personne d’un autre genre est sur ton chemin.

7. Les normes sociales te permettent de prendre plus d’espace, physiquement parlant : tes grognements et tes bras écartés dans le visage de ta voisine à la salle de sport, ou tes jambes écartées dans le métro au point de prendre deux places n’étonnent personne.

8. C’est très rare que des étrangers attendent de toi que tu souries.

9. Tu peux négliger certains détails de ton apparence quand tu pars en voyage, comme par exemple avoir une « barbe de voyageur », sans que l’on te juge parce que tu n’as pas « pris soin de toi » et rasé tes jambes.

10. Tu peux acheter des vêtements avec des poches que tu peux vraiment utiliser – la plupart des vêtements féminins ont des poches purement décoratives.

11. Tu peux acheter une voiture sans que les vendeurs pensent qu’on peut profiter de toi. Tu as même des chances d’obtenir un meilleur prix qu’une femme.

12. Tu peux recevoir des éloges pour des tâches ordinaires de parent ou parce que tu es un père célibataire, tandis qu’on attend des mères qu’elles effectuent ces tâches, et qu’elles sont souvent critiquées quand elles élèvent leurs enfants seules.

13. Personne ne dit que tu vas contre ton « instinct naturel » ou que tu n’accomplis pas ton rôle dans la société quand tu dis que tu ne veux pas d’enfants.

14. Tu peux être expansif ou parler de ta vie et de tes choix sans qu’on dise que tu « cherches à attirer l’attention ».

15. Tu peux avoir des hobbies « masculins » comme le sport sans qu’on dise que tu cherches juste à impressionner les hommes.
Sexe et relations

16. En tant qu’homme, il est plus probable que l’on te félicite pour tes nombreuses relations sexuelles, plutôt que l’on te traite de « salope ».

17. On ne te traite pas de « salope » pour des choses qui n’ont même rien à voir avec ta vie sexuelle, comme ta façon de t’habiller ou les formes de ton corps.

18. On ne te traite pas de « prude » ou de « coincé » quand tu choisis prudemment les personnes avec qui tu veux coucher.

19. On ne t’apprend pas que ta sexualité existe seulement pour autrui,et tu n’es pas stigmatisé parce que tu te masturbes.

20. Les médias, les conseils sur le sexe et la définition du sexe se concentrent avant tout sur ton plaisir, surtout si tu es hétérosexuel et cisgenre (ton genre correspond au genre qui t’a été assigné à la naissance).

21. L’éducation sexuelle à l’école, la religion et autres institutions donnant une définition normative du sexe ne traitent pas ton genre comme plus sale, impur, ou indésirable quand tu perds ta virginité.

22. La majorité de la production pornographique vise ton genre (ce qui crée des idées bien néfastes sur les femmes et les autres genres)

23. Tu peux dire que tu aimes le sexe sans que ton interlocuteur le prenne pour une invitation à coucher avec toi.

24. Tu peux changer ton apparence, comme une nouvelle coupe de cheveux, sans qu’on s’imagine immédiatement que tu le fais pour plaire aux hommes.

25. Les gens ne se font pas d’idées fausses sur toi si tu ne veux pas te marier – ou insistent que tu dois mentir, ou te mettent en garde parce que « l’horloge tourne ».

26. On n’attend pas de toi que tu changes ton nom en te mariant, et personne ne te pose de questions si tu ne le fais pas .

27.Tu peux t’exprimer avec ton corps ou sur ta sexualité dans une conversation, en art, en musique etc., sans qu’on t’accuse « d’utiliser ton corps pour réussir ».

28. Tu peux prendre part à des activités sexuelles alternatives, comme le plan à trois ou le BDSM, sans qu’on te traite de « salope » ou qu’on pense que tu ne contrôles pas tes choix.

29.  Tu peux avoir plusieurs partenaires (sexuel.le.s ou amoureux.ses) en même temps sans qu’on t’accuse d’aller contre ta « nature ».

30. Si tu es en couple avec quelqu’un d’un autre genre, personne n’attend de toi que tu te charges du travail affectif dans le couple.

31. Se marier avec quelqu’un d’un autre genre ne signifie pas plus de ménage pour toi (des études montrent qu’un mari ajoute en moyenne 7h de ménage par semaine à sa femme).
Harcèlement et violence

32. En tant qu’homme, tu as moins de risque d’être la cible de harcèlement de rue. La majorité des femmes ont été victimes de harcèlement de rue dans leur vie, et la plupart des hommes victimes sont queer ou gender non-conforming (c’est-à-dire qu’il n’apparaissent pas au premier coup d’oeil comme « hommes » et ne respectent pas les normes du genre).

33. Tu peux échanger un sourire ou un bonjour avec un étranger dans la rue, sans que cette personne le prenne comme une invitation à te draguer.

34. Tu peux repousser un.e prétendant.e sans t’inquiéter d’être attaqué verbalement ou physiquement.

35. Tu peux boire un verre seul au bar sans te faire déranger. Même chose pour tous les espaces publiques d’ailleurs (cafés, librairies, concerts etc.)

36. Tu peux voyager seul sans t’inquiéter des violences possibles à ton encontre.

37. Tu as moins de risque de faire l’expérience de violences au sein du couple.

38. Tu as moins de risque d’être suivi ou stalké.

39. Tu as moins de risque d’être la victime de revenge porn (c’est à dire la diffusion sans ton consentement d’images ou vidéos à caractère sexuel par ton partenaire après une rupture, dans le but de se venger).

40. Tu as moins de risque de te faire violer, surtout si tu ne vas jamais en prison.

41. Tu as moins de risque d’être sans abri à cause de violences conjugales. La moitié des femmes et enfants vivant dans la rue aux Etats-Unis fuient les violences au sein de la famille.

42. Tu as moins de risque d’être blessé physiquement par un partenaire. La violence au sein du couple est la première cause de blessure chez les femmes, plus que les accidents de voiture, les vols et les viols.

43. Tu as moins de risque d’être tué par un partenaire. Des études estiment qu’entre 40 et 70% des femmes qui sont victimes de meurtres sont tuées par un mari ou un amant.

44. Tu peux profiter de la fête sans que l’on te tienne responsable en cas d’agression sexuelle.

45. Tu as moins de risque qu’on te tienne responsable de ta propre agression sexuelle en fonction de ce que tu portais.

46. Tu peux boire un verre à une fête sans craindre que quelqu’un ait mis quelque chose dans ton verre.

47. Dans les campagnes de prévention contre le viol, on ne te demande pas d’être vigilant à ne pas perpétuer la violence sexuelle – à la place, on fait porter aux femmes la responsabilité d’éviter d’être victimes.
Corps et santé

48. Tu peux vieillir naturellement sans qu’on considère que tu « te laisses aller » si tes cheveux deviennent gris, que tu prends du poids, ou que tu as des rides.

49. On considère que ton genre « s’améliore avec l’âge » alors que les femmes sont considérées comme moins désirables.

50. Tu as moins la pression d’être mince, et être gros a moins de conséquences sociales et économiques pour toi que pour une femme.

51. On n’attend pas de toi que tu manges moins.

52. Les médecins te prennent plus au sérieux quand tu leur expliques tes symptômes.

53. La recherche médicale ignore souvent les femmes ou estiment que les symptômes des hommes sont les symptômes de tou.te.s : par exemple pour les crises cardiaques.

54. Il y a moins de risques que tes symptômes ou douleurs physiques soient attribués à des causes psychologiques. Par exemple, quand un homme et une femme avec des symptômes identiques mentionnent du stress, les médecins ont tendance à ignorer les symptômes de maladie cardiaque chez la femme.

55. Pour des maladies qui affectent plus ton genre, tu n’as pas à faire face au scepticisme de ceux qui pensent que ce n’est pas « une vraie maladie ». Ainsi, la fibromyalgie ou la fatigue chronique ont longtemps été considérées comme de symptômes de dépression.

56. Tes problèmes psychologiques ne sont pas immédiatement assimilés à de « l’hystérie » ou à de la « sensiblerie ».

57. Tu peux montrer tes tétons en public, et tu as moins de risque d’être harcelé en général quand tu montres ta peau.

58. Personne ne te juge si tu gardes tes poils.

59. Tu peux transpirer sans être jugé (les médias montrent beaucoup plus souvent des hommes transpirant pendant le sport que des femmes).
Médias

60. Ton genre domine les institutions médiatiques influentes, comme les Oscars, dont le jury est à 77% masculin.

61. La fiction peut décrire la vie banale, quotidienne de ton genre sans être taxée de « littérature d’hommes » et être moins prise au sérieux que la « vraie » littérature.

62. Tu as plus de chance d’être publié.

63. Les personnages de films de ton genre ont plus de dialogues, et des dialogues plus profonds. Voir le Bechdel Test.

64. Les personnages de ton genre savent plus souvent quoi faire – combien de fois voit-on une femme dans un film demander « et maintenant, on fait quoi? » ?

65. Les athlètes et acteurs de ton genre sont respectés pour ce qu’ils font – et pas pour leur apparence ou leurs vêtements.

66. Tu peux facilement regarder du sport avec des athlètes de ton genre, parce que le sport masculin est beaucoup plus diffusé que le sport féminin.

67. La pub a beaucoup moins tendance à te représenter comme un objet ou un outil de plaisir pour l’autre genre, comme c’est le cas pour les femmes.

68. Les films romantiques ne représentent pas le harcèlement d’un personnage de ton genre comme un mignon signe d’affection.

69. Les humoristes de ton genre ne sont pas considérés comme universellement « pas drôles ».

70. Tu peux aller sur internet sans être harcelé.

71. Tu peux être un gamer sans être harcelé et menacé.

72. Dans les jeux vidéos, tu peux jouer des personnages de ton genre qui ne sont pas hypersexualisés.

73. Ton genre est plus représenté dans les films : les femmes représentent 12% des rôles principaux, 29% des personnages importants, et 30% des personnages parlants dans les 100 plus gros succès au cinéma.

74. Les personnes de ton genre dans les médias peuvent vieillir sans être jugées. Les femmes dans les industries de la mode, du cinéma ou du journalisme TV ont plus de risque d’être mises dehors en vieillissant.
Droit et Politique

75. Un candidat politique masculin n’est pas soumis au regard inquisiteur des médias visant à prouver qu’il n’a pas l’étoffe d’un leader.

76. Un candidat politique masculin n’est pas plus jugé sur son apparence que sur ses compétences.

77. Un candidat politique masculin ne sera pas pénalisé par l’idée qu’il ne peut pas équilibrer vie privée et vie publique.

78. On ne dit pas des hommes politiques que leurs capacités sont affectées par des causes physiologiques, comme les règles.

79. La fiction a tendance à plus souvent représenter des hommes en position de leader, ce qui donne l’impression que tu es né pour commander.

80. Ce ne sont pas des personnes d’un genre différent du tien qui décident ce que tu fais de ton corps.

81. Il y a plus de législateurs de ton genre qui décident des règles selon lesquelles nous devons vivre.

82.  Tu peux avoir des opinions politiques fortes sans qu’on te traite de « bornée » ou de « feminazi ».
Travail et Economie

83. En tant qu’homme, tu peux choisir d’avoir une carrière et une famille sans que les gens pensent que c’est difficile ou inhabituel.

84. On ne dit pas que tu vas « contre ta nature » si tu choisis d’avoir une carrière et pas d’enfants.

85. Tu es mieux payé.

86. Tu obtiens plus facilement des financements pour tes projets ou tes équipements.

87. Tu peux demander une augmentation ou une promotion sans être considéré comme « agressif ».

88. On ne considère pas que tu n’es « pas à ta place » dans les métiers les mieux payés, comme par exemple quand une femme docteur est prise pour une infirmière, ou une avocate pour une secrétaire.

89. Tu es moins susceptible d’être prisonnier d’une relation abusive pour des raisons financières.

90. Certaines situations d’abus, comme par exemple le chantage financier ou la dépendance financière, ne sont pas reconnues ou passent inaperçues pour les femmes car les hommes sont traditionnellement ceux qui subviennent aux besoins.

91. Tu bénéficies plus du networking et du piston.

92. Tu as moins de risque d’être pénalisé si tu n’acceptes pas le harcèlement sexuel ou la misogynie de tes collègues.

93. Si tu es dépensier, ce n’est pas attribué à ton genre.

94. Tu peux être énervé ou triste au travail sans que les gens l’attribuent à des « hormones » ou à de « l’hypersensitivité »

95. Tes échecs ou erreurs au travail ne sont pas vues comme une preuve que les personnes de ton genre ne devraient pas faire ce métier. C’est particulièrement visible dans les milieux majoritairement masculins ou les postes hiérarchiques supérieurs.

96. On ne te charge pas systématiquement des tâches censées être « féminines », comme décorer le bureau pour la fête de l’entreprise.

97. On s’adresse à toi avec respect sur ton lieu de travail, sans utiliser de vocabulaire infantilisant ou intellectuellement dégradant, comme « la fille du 4e », « poupée » ou « mon petit ».

98. Tu n’es pas pris dans le double standard qui présente les femmes comme dépendantes et incapables de s’occuper d’elles-mêmes, mais qui dénigre les femmes indépendantes.

99. On se souviendra plus de toi pour ton travail et tes réussites, que pour tes robes ou ton mari.

100. Ton genre est plus représenté aux postes les mieux payés. Les femmes représentent 5% des PDG les plus riches du monde.

101. On reconnaît tes talents dans les milieux techniques. Une étude a ainsi montré que les logiciels codés par des programmeuses recevait de meilleures notes – jusqu’à ce qu’elles révèlent leur genre.

102. Tu as plus de chance que des journalistes ou des chercheurs en science politique cite tes travaux.

103. Un employeur ne dira jamais qu’il n’a pas employé une personne de ton genre parce qu’il n’y avait « aucun candidat qualifié ».
Enfance et Education

104. Les jouets que tu reçois sont plus souvent éducatifs, visant à développer des aptitudes, et te laissant imaginer un spectre plus large de carrières et d’opportunités. Contrairement aux jouets pour filles, où il s’agit la plupart du temps de beauté, de ménage ou d’enfants.

105. Tu peux t’affirmer sans qu’on te dise « ne sois pas trop autoritaire » ou « arrête de vouloir commander ».

106. Les adultes te complimentent plus pour tes capacités que pour ton apparence.

107. Tes notes ne dépendent pas de ton apparence – des études montrent qu’on donne de meilleures notes aux filles quand elles sont jolies, ce qui renforce l’idée que leur valeur est dans leur apparence plus que dans leur intelligence.

108. Tu reçois plus d’attention de la part de tes professeurs, comme des commentaires plus étoffés qui te permettent de t’améliorer.

109. Ton comportement énergique ou créatif est encouragé, alors qu’on apprend aux filles à être calmes et réservées.

110. On ne te dit pas que tu es forcément mauvais en maths ou en science à cause de ton genre.

111. Personne n’estime que ta sexualité appartient aux personnes de l’autre genre en disant des choses comme « tu es si jolie, tu vas causer du souci à ton père en grandissant ».

112. Tu n’as pas grandi en pensant que ton genre est naturellement plus délicat ou faible avec des phrases comme « tu lances comme une fille ».

113. A l’université, on te juge plus cultivé.

114.A l’université, les professeurs répondent plus à tes questions et à tes mails.

115. A l’école, tu apprends des choses sur les contributions de personnes de ton genre au monde sans avoir besoin de prendre des options ou des cours d’études de genre.
Religion (Ou son absence)

116. Si tu es croyant, tu as beaucoup plus de chance que le chef de ta religion soit de ton genre.

117. Si tu es croyant, on ne pense pas de toi que tu es incapable de choisir toi-même ta religion et tes pratiques, comme ceux qui veulent « sauver » les femmes musulmanes par exemple.

118. Si tu es croyant, personne n’attribue cela à « l’irrationalité » de ton genre ou à une naturelle inaptitude scientifique.

119. Si tu es croyant, les textes saints de ta religion ne sont pas interprété d’une manière qui justifie la maltraitance des personnes de ton genre, ou qui ignore les passages qui présentent ton genre sous un jour positif.

120. Si tu n’es pas croyant, tu n’es pas exclu de l’athéisme sous prétexte que la « rationalité » n’est pas une caractéristique de ton genre.

121. Les dieux et autre figures religieuses sont souvent représentées sous des traits masculins. 

Lire la suite

Briser le tabou du « privilège » pour lutter contre le racisme et le sexisme

 Source : https://blogs.mediapart.fr/segolene-roy/blog/260114/briser-le-tabou-du-privilege-pour-lutter-contre-le-racisme-et-le-sexisme

Par Ségolène Roy 

Briser le tabou du « privilège » pour lutter contre le racisme et le sexisme

Toute personne devrait se sentir concernée par la lutte contre le racisme et le sexisme non pas – ou pas seulement – parce qu’elle défendrait le principe de l’égalité, mais avant tout parce qu’elle est impliquée dans les rapports de domination que le racisme et le sexisme légitiment et font perdurer, y compris quand elle n'en est pas victime.

Comment comprendre le fonctionnement d’une domination en n’en regardant qu’un versant – la discrimination des personnes qui en font l’objet – et en refusant de voir ce qui en résulte mécaniquement : des avantages pour les autres. Dans la mesure où ces avantages se caractérisent par le fait que leurs bénéficiaires en sont la plupart du temps inconscient-e-s, il est essentiel de se rendre compte que vouloir en rester inconscient-e, c’est refuser de se montrer responsable. Et c’est aussi renforcer une domination qui tire sa force du fait d’être invisible, d’être partiellement ou mal analysée – et l’analyse est effectivement complexe[1].

Les hommes, les personnes blanches, hétérosexuelles, ne vivant pas de handicap, bref, celles qui sont du « bon » côté d’une ou de plusieurs discriminations, profitent de fait, qu’elles le veuillent ou non, et même qu’elles les combattent ou non, de ces discriminations, celles dont les femmes, les personnes homosexuelles, non blanches, vivant un handicap, etc., sont l’objet, parce qu’elles sont femmes, parce qu’elles sont non blanches (« biologiquement » parlant, pour le dire vite[2]), etc. Les personnes qui se trouvent du « bon » côté ne subissent pas d’injures et de violences pour la raison qu’elles seraient hommes ou blanches, etc., dans un système qui se servirait d’une idéologie destinée à les dévaloriser et à les désavantager en tant que telles (voir article précédent : « Domination masculine : elle crève les yeux jusqu’à en être invisible »).

Qu’est-ce qu’un privilège dans une société où se croisent des rapports de domination ?

Dans ce contexte, on nomme « privilège » le fait de ne pas subir une discrimination et d’en tirer profit. Pris dans ce sens, le privilège présente trois caractéristiques :

– il est « non discrétionnaire[3] » : on ne choisit pas d’exercer ce privilège, on en tire profit malgré soi de par sa situation (par exemple, en tant qu’homme on est avantagé quand on recherche un travail du fait que les femmes soient discriminées à l’embauche), situation qu’on ne peut a priori pas changer selon son bon vouloir – une certitude en ce qui concerne le sexe, la couleur de peau ou l’âge. Cependant, on a le choix d’en tirer consciemment bénéfice ou de combattre consciemment ce privilège, lié à la discrimination d’une catégorie de personnes à laquelle on n’appartient pas ;

– il s’exerce à l’échelle d’une société : celle-ci avantage globalement certaines catégories de personnes par l’image valorisante et omniprésente qu’elle en véhicule, par des modèles, des discours ou des pratiques qui leur donnent davantage de légitimité, et en particulier de la part de l'État, par le pouvoir qu’elle leur permet d’exercer ou de garder, par des lois qui discriminent d’autres personnes (les Rroms, les filles et les femmes voilées), par l’absence de mesures visant à amoindrir les discriminations existantes, par des comportements discriminatoires de la part des institutions (école, police, administrations...), etc. C’est en partie ce que les militants antiracistes afro-américains Stokely Carmichael et Charles Hamilton ont nommé le « racisme institutionnel » (racisme « dissimulé »), le distinguant ainsi du racisme « individuel » (racisme « manifeste »), dans les années 1960[4]. Ils le définissent comme « l'incapacité collective d'une organisation à procurer un service approprié et professionnel à des individus en raison de leur couleur de peau, de leur culture ou de leur origine ethnique ». C’est pourquoi, par exemple, l’expression « racisme anti-blanc » est un non-sens à l’échelle de la société française[5] : être blanc-he y procure des avantages très importants ;

– il est lié à l’absence d’une discrimination. C’est ce qui le rend le plus difficile à appréhender (en particulier si on cumule les privilèges liés à des discriminations qui ne nous concernent pas). Il est facile (et tentant, parce que plus confortable) de refuser de voir ces privilèges : en quoi le fait qu’une personne souffre de discrimination, de davantage de discrimination que moi, ou soit plus susceptible d’être agressée que moi, me rend la vie plus facile ?

Certaines discriminations rendent objectivement la vie plus facile aux personnes qui ne les subissent pas : un travail refusé à une personne vivant un handicap en raison de ce handicap, ou à une femme en raison de son sexe (une grossesse potentielle ou tout élément qu'on associera au fait d'être femme et justifiera la discrimination) sera donné à une personne à laquelle on n’attachera pas de handicap (ou à un homme) ; un logement refusé à une personne en raison de sa race[6] augmentera d’autant les chances d'une personne non racisée d'accéder à un logement, etc.

Certains privilèges consistent aussi à ne pas subir ce que d’autres subissent et donc à vivre mieux que ces personnes, relativement à la situation qui nous distingue. Si je suis un homme je ne subirai pas a priori le harcèlement de rue ; si je suis une femme riche, il y a de bonnes chances pour que je puisse accéder à l’IVG plus facilement qu’une femme pauvre, y compris dans des conditions adverses, qu’elles concernent la rareté des centres qui la pratiquent ou même la loi ; si je suis une femme blanche, les normes de beauté pèseront moins sur moi que sur une femme noire, puisqu’elles ajoutent aux injonctions sexistes un modèle de beauté blanche ; si je suis entendant-e, j’aurai accès au savoir, à l’information, à la culture, sans avoir à apprendre une langue qui suppose un sens que je n’ai pas, contrairement à beaucoup de sourd-e-s tenu-e-s de recevoir un enseignement qui leur échappe en grande partie, non en raison de leurs capacités intellectuelles, nullement amoindries par la surdité, mais de l’usage d’une langue inadaptée. Ici, le privilège consiste à ne pas avoir à se soucier des questions de sexe, de classe, de race, d’orientation sexuelle, de ce qui est considéré comme un handicap, etc., de n’avoir aucune raison d’en être même conscient-e, ni de s’en préoccuper en mesurant les discriminations que subissent les personnes qu'elles « concernent ». Ceux et celles qui sont touché-e-s n’ont, eux et elles, pas d’autres choix que d’y être rappelé-e-s en permanence et de souffrir des conséquences.

D’un côté de la discrimination on est lésé-e, de l’autre – celui qu’on préfère ignorer par confort ou par calcul –, on est privilégié-e. Cela concerne le travail, le logement, la représentation politique, la représentation dans les médias, les conditions matérielles d’accès à un service, la considération dont on fait l’objet, les agressions de tous les jours, des plus petites aux plus violentes…

Parler du privilège des « dominants », c’est montrer ce qui est impensé, c’est rendre l’évidence et la normalité étranges… et remettre l’ordre des choses en question. C’est politiquement incorrect – pour reprendre une expression dont l’inversion du sens se fait au profit du maintien des dominations.

Ces privilèges sont un véritable tabou, et leur révélation déclenche généralement des réactions épidermiques, caractéristiques de l’instinct de survie. L’expression est forte, et pourtant elle semble adaptée à la violence des réactions (sur ce qu’elles engagent, dans le fond, de négation, ou dans la forme, d’agression) devant ce miroir insupportable tendu aux personnes tirant les bénéfices d’une domination (encore une fois, indépendamment d’elles, du moins pour partie).

Ainsi certains hommes nient simplement la réalité de la domination masculine, ou se retranchent derrière la liste des « discriminations » dont ils souffrent (la valorisation de la force, du courage, de l’action, etc.) pour le faire. Or, si ces normes relèvent du sexisme au sens où elles relèvent de normes spécifiques associées au sexe féminin et au sexe masculin pour les distinguer, elles sont associées au sexe valorisé, car ces normes hiérarchisent également le féminin et le masculin. Ces normes masculines ne relèvent pas d’une domination des hommes par les femmes à l’échelle de la société, mais bien de celles des hommes sur les femmes. Si les hommes répondent à ces normes, elles deviennent des ressources qui leur permettent de profiter pleinement de leurs privilèges masculins. Et quand ils en souffrent, elles sont le prix à payer (ce que certains appellent les « coûts de la domination masculine ») en contrepartie d’une position globalement avantageuse pour les hommes [7] – encore une fois à l’échelle de la société (voir l’article « Pourquoi nous avons besoin du féminisme en France au XXIe siècle ». Les avantages sont plus importants que les inconvénients, ce qui explique que certains fassent preuve d’un féminisme à géométrie variable : fervent quand il s’agit de leur conférer des droits, inexistant quand il s’agit de leur ôter des privilèges, ou même simplement de les reconnaître.

Discrimination des dominé-e-s, avantages pour les dominant-e-s

Ce que proposent de nombreuses chercheuses féministes, antiracistes, etc., c’est de détourner le regard des personnes discriminées, renvoyées à leur sexe, à leur race[8], à leur classe, et de regarder les personnes dominantes, celles qui se cachent derrière une « normalité » non spécifiée : elles n’ont pas de nom, elles sont le « neutre ». Mais personne n’est neutre dans un rapport de domination. En l’occurrence le « neutre », si on le nomme, c’est le blanc, le masculin, la classe aisée, l’hétérosexualité… Mais ce neutre ne se nomme pas, ne se spécifie pas, ne se fait pas remarquer. Il s’impose comme une évidence.

Le fait d’appartenir à un ou plusieurs de ces groupes octroie des avantages illégitimes, puisque fondés sur des discriminations. Dans la mesure où ils ne sont même pas identifiés, ils vont de soi, ils ne se questionnent pas : comment questionner ce qu’on ne voit pas ? Montrer l’autre face de la discrimination, c’est montrer les privilèges des personnes qui ne sont pas victimes de cette discrimination, parce que les normes sont de leur côté. C’est rendre cette position de dominant-e tout aussi spécifique que celle de dominé-e. C’est sortir de la « posture d’extériorité[9] » si confortable, qui fait qu’on ne se sent pas concerné-e. C'est sortir de cet aveuglement à une réalité pourtant logique : s’il y a dominé, il y a dominant, s’il y a discrimination d’un côté, il y a avantage de l’autre. C’est quitter ce privilège de celui qui se bat contre une discrimination en en tirant un bénéfice moral, comme s’il était dépositaire de la générosité pure de celui qui ne serait pas concerné par le combat auquel il prend part. Tout le monde est partie prenante de ces relations de domination, et ne pas se battre en tant que dominant-e, c’est faire perdurer une situation, c’est consentir à conserver – voire défendre – son privilège.

On ne peut pas comprendre la structure des dominations si on refuse de voir ce versant, dont l’ignorance permet de perpétuer en toute inconscience le rapport de domination. L’enjeu, c’est de « passer du niveau de l’évidence non questionnée, à un niveau de réalité sociale explicite, pour arriver enfin au niveau du politique[10] ». Ce qu’on ne veut pas voir, c’est donc à la fois l’identité des bénéficiaires de la domination, et les privilèges liés à cette position.

Discrimination totale ou absence totale de discrimination ? Plutôt des croisements

Il faut apporter une précision de poids : rares sont les personnes cumulant toutes les discriminations, ou à l’inverse celles n’en subissant aucune. Alors l’ampleur du privilège peut varier fortement : on peut bénéficier du privilège blanc, mais être une femme, âgée et handicapée. Ou bénéficier du privilège masculin, mais être pauvre et racisé[11].

À l’inverse, on peut bénéficier des privilèges octroyés par le fait d’être du bon côté de la discrimination de sexe, de race, de classe, d’orientation sexuelle, d’âge, etc. Être un homme, hétérosexuel, blanc et bourgeois prédispose à ce titre à la fois à de nombreux privilèges et à un aveuglement d’autant plus fort à ceux-là qu’on aura très peu l’expérience de la discrimination. Et qu’on sera très peu incité à se regarder comme tel – pour ne pas dire qu’on est éduqué à ne pas voir ses privilèges.

Regarder ces privilèges ne relève donc pas de la morale, d’une accusation personnelle (personne n’est responsable du groupe auquel il appartient), mais de l’observation de cette autre moitié du phénomène de la domination – ce que les dominant-e-s n’ont même pas besoin de s’appliquer à ignorer : leur situation de dominant-e-s. C’est le premier pas vers une attitude responsable.

Cela requiert un effort d’autant plus important qu’on ne vivra jamais l’expérience de la personne qui se trouve de l’autre côté de la domination, sauf dans les cas de situations réversibles (l’âge, la classe, l’absence de « handicap », une transition vers l’autre sexe « efficace » du point de vue de la réception sociale, par exemple). Globalement, personne ne connaîtra d’autre expérience que la sienne en ce qui concerne le sexe et la race. Une part de l’identification du privilège échappera toujours à chaque partie. Il faudrait avoir vécu des deux côtés pour cerner réellement le privilège du dominant. Ainsi, cette prise de conscience de la discrimination comme du privilège est une expérience partielle, qui permet d’entrevoir, en miroir, sa propre position.

Prendre conscience de ces privilèges au travers d’exemples très concrets permet de mesurer la discrimination vécue par certain-e-s, et les avantages qui en découlent pour les autres, ne serait-ce que dans l’absence de discrimination. Il n’y a qu’en regardant cette réalité et cette mécanique en face qu’on pourra comprendre comment fonctionnent les discriminations, se sentir toutes et tous concerné-e-s, ne pas se réfugier dans une « neutralité » confortable voire valorisée à tort, et enfin élaborer des réponses adaptées à travers lesquelles personne n’échappe à sa responsabilité de dominant-e.