Consentement : "On n'y est pas du tout"



Le constat fait par #NousToutes est simple : "On n'y est pas du tout". Le collectif féministe a publié mardi le contenu d'une enquête inédite sur le consentement dans les rapports sexuels hétérosexuels. Au total, près de 109 000 réponses ont été reçues durant les dix jours de l'enquête. 

Sur ces plus de 100 000 réponses, près de 90 % ont été données par des femmes, de 15 à 75 ans. Les trois-quarts d'entre elles ont moins de 35 ans. Certes, cette enquête diffusée par le biais des réseaux sociaux du collectif n'a pas valeur de sondage. Mais les réponses à la trentaine de questions sont révélatrices et l'échantillon représentatif : "Cela montre que, dans les rapports intimes, on est encore loin - très loin - de l’égalité", note le collectif.

"L’âge des répondantes confirme que les jeunes générations sont concernées", souligne également le communiqué de #NousToutes qui réclame que la question du consentement "devienne un sujet politique". "C'est à la fois un enjeu d’égalité, de santé publique et une condition nécessaire pour en finir avec la culture du viol comme avec les violences sexistes et sexuelles. (...) Il faut rappeler qu’un rapport intime doit être basé sur un accord réciproque."

9 femmes sur 10 ont déjà ressenti une pression d'un partenaire pour avoir un rapport sexuel


Si les jeunes femmes semblent aborder de plus en plus la question du consentement avec leurs partenaires, le chiffre reste édifiant et la majorité écrasante : neuf femmes sur dix confient dans l'enquête de #NousToutes avoir ressenti une pression d'un partenaire pour avoir un rapport sexuel. "Cette proportion est quasiment identique dans toutes les tranches d'âge, un peu plus élevée chez les plus de 25 ans", note le rapport sur les résultats de l'enquête.

Là encore, une très large majorité (83,2 %) déclarent que c'est arrivé "plusieurs fois", "la plupart du temps" ou "à chaque fois".  

70 % des femmes déclarent avoir eu des rapports sexuels alors qu'elles n'en n'avaient pas envie, sans pression du partenaire

 Sans avoir subi de pression explicite, 70 % des répondantes expliquent dans l'enquête avoir eu des rapports sexuels alors qu'elles n'en avaient pourtant pas envie. "Ce chiffre montre l'auto-contrainte à la sexualité sans même que l'autre partenaire ne l'ait mentionné", souligne le collectif. Les réponses mentionnent qu'il s'agit souvent "de faire plaisir" au partenaire ou pour "ne pas avoir à justifier" le fait de ne pas avoir envie.

Par ailleurs, plus d'une femme sur deux déclare avoir fait l'expérience avec un ou plusieurs partenaires d'un rapport sexuel avec pénétration non consenti. L’enquête #NousToutes montre également que les femmes qui commencent leur vie sexuelle par un rapport non désiré et consenti sont plus souvent confrontées à des violences par la suite. 16,6% des répondantes déclarent que leur premier rapport sexuel n’était pas consenti.

Près d'une femme sur deux a déjà subi des propos dévalorisant parce qu'elle n'avait pas envie d'avoir des rapports

 Au total, 49,1 % des femmes affirment qu'elles ont déjà subi des propos dévalorisant parce qu'elles avaient refusé d'avoir un rapport et dans un quart des cas, avec leur partenaire actuel. Dramatique : dans plus de huit cas sur dix, c’est arrivé "plusieurs fois", "la plupart du temps" ou "à chaque fois". C'est le début d'une réelle violence psychologique et les mots rapportés par l'enquête sont violents : "coincée", "frigide", "moche", "laide", "pas normale" sont les occurrences les plus courantes. 25 % des femmes disent qu'elle pensaient "que le problème venait d'elles".

Le rapport cite quelques-unes des paroles d'hommes rapportées par les femmes qui témoignent. Glaçant : 

  • "T’es bonne qu'à ça"
  • "Franchement, la prochaine fois j'irai voir ailleurs. Tu es frigide !"
  • "Il faudrait que tu maigrisses un peu, je ne suis plus attiré"
  • "De toute façon à part moi qui voudrait d'une baleine comme toi"
  • "À quoi ça sert d'avoir une meuf si je peux pas baiser avec ?"
  • "Ça me dérange pas qu'on couche pas ensemble mais je risque de finir par te quitter si on baise pas"
  • "T'es vraiment pas marrante en ce moment. C'est pas grand-chose pourtant, tu pourrais faire un effort !"

Cette situation touche aussi particulièrement les femmes enceintes ou qui viennent tout juste d'accoucher. 

Huit femmes sur dix rapportent des violences psychologiques, physiques ou sexuelles dans le cadre de leurs rapports sexuels avec un ou plusieurs partenaires 

 Une large majorité des femmes rapportent des violences psychologiques, physiques ou sexuelles avec leur.s partenaire.s. Près d'un quart d'entre elles répondent avoir été menacées par leur.s partenaire.s (explicitement, par sous-entendu ou sur le ton de l'humour) d’aller voir ailleurs ou de les quitter si elles n'acceptaient pas un rapport sexuel.

In fine, une femme sur deux assure avoir finalement eu un rapport sexuel après avoir subi la lourde insistance de leur partenaire. "Ça fait longtemps", "Tu ne veux pas me faire plaisir", ou "Tu ne m'aimes plus" sont les principaux arguments des hommes.  On note également que près d'une femme sur quatre a connu un partenaire ayant eu au moins une fois un comportement violent pendant un acte sexuel.

Par ailleurs, 25 % des femmes répondent "oui" lorsqu'on leur demande si un partenaire les a déjà pénétrées sans accord préalable de leur part, alors qu'elles étaient éveillées. "C'est arrivé plusieurs fois, la plupart du temps ou à chaque fois", mentionnent 60 % d'entre elles. Ces chiffres sont encore plus hauts lorsqu'il s'agit d'actes sexuels sans pénétration. Enfin, le document de #NousToutes insiste sur les actes sexuels commis alors que la femme est endormie. 28 % des femmes disent avoir subi un acte sexuel sans pénétration dans leur sommeil, 15 % un acte avec pénétration.

Plus d'une femme sur quatre déclare qu'un rapport s'est poursuivi alors qu'elle avait demandé qu'il cesse

 Enfin, #NousToutes insiste sur l'absence d'écoute des partenaires masculins. Trois femmes sur quatre expliquent avoir déjà demandé à interrompre un rapport sexuel, et dans plus d'un cas sur trois le rapport s'est poursuivi malgré le refus de la partenaire féminine. 60 % des femmes expliquent avoir souhaité interrompre un rapport mais ne pas avoir osé le dire.


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