Quand on veut, on ne peut pas toujours

Source : https://obsant.eu/blog/2026/07/17/quand-on-veut/

Arthur Keller - post LinkedIn

Ingénieur en aérospatiale de formation, une chose m’a toujours frappé.

À bord de la Station spatiale internationale, les systèmes de support de vie ne sont pas un sujet parmi d’autres, ils conditionnent tout le reste. Composition de l’air, température, pression, hygrométrie, nourriture, recyclage des matières, etc. : tout paramètre vital est surveillé en continu, et au moindre écart, la mission est mise sur pause et rétablir les conditions de survie devient l’unique priorité.

Le parallèle avec la Terre est patent : elle aussi a ses systèmes de support de vie (les biomes, l’hydrosphère, le climat…) sans lesquels elle serait inhabitable.

Or, les activités humaines dégradent ces systèmes à un rythme effréné.

Si nous étions un équipage d’astronautes, nous suspendrions aussitôt les activités non essentielles et mobiliserions nos talents et ressources pour restaurer les systèmes vitaux du vaisseau et basculer vers un plan B collectif.

Hélas l’humanité n’est pas un équipage soudé, compétent, discipliné. Nous sommes des milliards d’individus, entreprises, États, fonds d’investissement et organisations qui sont en concurrence à court terme et ne partagent pas les mêmes visions du monde, valeurs, idéologies, identités.

Nul commandant de bord, nulle autorité capable de décider pour tous dans l’intérêt de tous, nul protocole d’urgence pouvant interrompre les activités non vitales si la survie est compromise.

Nos logiques sont enchâssées dans un système global qui pose comme finalité première la maximisation du capital.

Experts et militants appellent à réorienter l’économie et à coopérer à l’échelle mondiale. Ils disent : « il faut ». Mais primo ces transformations sont largement incompatibles avec les logiques productivistes, capitalistes, industrialistes, matérialistes et consuméristes qui structurent le système actuel, secundo l’humanité n’est pas un tout uni mu par une volonté commune.

La systémique permet de saisir que le système a des verrouillages auto-organisés qui échappent aux intentions humaines. Le problème ne se résume pas à une lacune de bonne volonté. Quand on veut, on ne peut pas toujours.

Il est temps d’envisager le fiasco : et si nous ne parvenions jamais au niveau de coopération requis et aux mutations nécessaires ?

D’urgence, il nous faut un plan de secours pour réfréner la folie destructrice du système et préparer les territoires, organisations et communautés à affronter les bascules à venir dans la dignité en développant des capacités de Résistance, de Reliance, de Résilience, de Réorganisation et de Régénération.

Aucun ingénieur n’enverrait quiconque dans l’espace sans des plans B, C, D… Pourquoi nous accrochons-nous à l’espoir que ça peut marcher jusqu’à dénigrer ceux qui alertent sur un plausible échec ?

Il est temps de ne plus tout miser sur l’hypothèse d’une « transition » réussie et d’élargir notre fenêtre d’Overton quant aux stratégies à déployer.

L’heure est venue de recruter pour les chantiers 3 et 4.