L’Habitabilité : une valeur cardinale

Source : https://obsant.eu/blog/2026/10/16/habitabilite/

 

« Sur une terre inhabitable, aucune vie digne n’est possible. »

Les auteurs de « Liberté, Dignité, Habitabilité », Baptiste Morizot (*) et Laurent Neyret (*), proposent que l’Habitabilité devienne une « valeur protégée » au même titre que la Liberté, l’Égalité ou la Dignité. Une « méta-norme qui permet de lire tout le système ». En droit, mais aussi globalement.

Extrait du 4ième de couverture :

« Ce livre part d’une énigme simple, presque embarrassante : pourquoi le droit de l’environnement, immense et sophistiqué, plafonne t-il au moment même où les enjeux deviennent existentiels ? La réponse est un vertige. Ce n’est pas un manque de règles. C’est un trou dans la fondation. Il manque une valeur cardinale. »

La proposition, développée en à peine une soixantaine de page, séduit rapidement.

Affirmer l’Habitabilité comme un principe essentiel devient – à la lecture de l’argumentation – une évidence. Avec une portée universelle qu’il est simple d’invoquer. Déclarer que la Terre doit rester habitable est LA considération qui prime toute autre contingence.

Les auteurs nous rappellent au passage les conditions de la Vie.

L’interdépendance évolutive permanente de phénomènes physiques, chimiques et biologiques que l’humanité bouscule au point de mettre en péril l’ensemble du vivant.

L’Habitabilité comme principe essentiel permet de questionner par exemple la relation de l’humanité aux énergies fossiles. Et donc notre avenir climatique. Ou le devenir des cycles de l’eau et de l’azote, la dégradation de la qualité des sols et l’agriculture, les pollutions et leurs conséquences sur le vivant et les humains.

« Liberté, Dignité, Habitabilité », des valeurs humanistes pour XXIième siècle !

 

Extrait :

QUI REND LE MONDE HABITABLE ?

Inspirez. Deux couleurs suffisent pour rendre visible l’interdépendance la plus fondamentale du vivant. Il y a la vie rouge et la vie verte. Rouge à l’intérieur pour les animaux – c’est la couleur de l’hémoglobine qui transporte l’oxygène dans votre sang. Vert pour les végétaux – c’est la chlorophylle qui capte la lumière. Nous sommes de la vie rouge. La règle est simple : la vie rouge ne survit que si elle inspire. Si nous cessons de le faire pendant quelques minutes, nous sommes morts.

Et voici l’interdépendance dans sa forme la plus nue : l’oxygène que vous venez d’inspirer a été expiré par la vie verte.

Une forêt, une algue, du phytoplancton dérivant dans l’océan. Il n’en existe aucune autre source sur Terre. L’oxygène de l’atmosphère terrestre est entièrement d’origine biologique – fabriqué molécule par molécule par des corps vivants depuis des milliards d’années. Tout ce que la vie rouge inspire a été expiré par la vie verte. Autrement dit : ce qui vient d’entrer dans vos poumons et vous donne la vie, là, maintenant, a été concrètement fabriqué par un être vivant appartenant à l’une des millions d’espèces de la vie verte. Nécessairement. C’est un don du vivant non-humain. Une interdépendance constitutive – banalisée.

Mais voici ce qui devrait arrêter la pensée : l’oxygène est un gaz instable. Chimiquement réactif. Livré à lui-même, il se lie à d’autres molécules – les métaux, les minéraux – et disparaît. S’il n’était pas constamment régénéré, il s’épuiserait. L’atmosphère respirable que vous venez de traverser n’est pas un acquis : c’est un flux. Elle est maintenue, en ce moment précis, par l’activité photosynthétique de milliards d’organismes vivants qui travaillent maintenant, pendant que vous lisez cette phrase. Ce n’est pas une vue de l’esprit. C’est un fait physique, mesurable. Et pourtant, nous traversons la vie entière sans le ressentir – comme si l’air que nous respirons tombait du ciel plutôt que d’émerger d’un tissu vivant immense et fragile.